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 Unmade soul ft. Godfrey

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Bastard and proud of it

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Message Sujet: Unmade soul ft. Godfrey 21st Février 2017, 22:18

Unmade soul

Le soleil s’est caché. Ce faible, cette ignoble création divine. Divine, comme si les blancs n’étaient pas assez cons, ils devaient en plus croire en un être supérieur. Rien pour faciliter leur pathétique existence. En même temps, je les comprends, ces salopards. Ils ne sont jamais à l’origine d’aucun de leurs malheurs. Si la mort frappe leur femme, c’est Dieu. Si les récoltes ne sont pas bonnes : c’est Dieu. Si leur éducation est de la merde en bouillie pour chat, c’est Dieu. Dieu, c’est peut-être un nègre, quand on y pense. Tout repose sur lui, et tout merde par sa faute. Par son existence. Ou sa non-existence, mais ne comptez pas sur moi pour entrer dans ce débat à la con, j’suis peut-être une négresse, mais je ne suis pas conne. Rien qu’à penser à ces blanches qui se lamentent comme des chiennes parce qu’elles doivent préparer un repas me donne le goût de gerber. Ouais, Betty Eldridge. Ça, c’est moi. Raciste tant envers les blancs que les nègres, je ne suis pas mieux qu’eux. J’ai mes histoires comme tout le monde, mais ça ne regarde personne. Dans la vie, il ne faut se fier qu’à une seule putain de chose : un jour, on va tous mourir. On ne sait pas quand, c’est malheureux pour certains, mais ça arrivera tôt ou tard. À quatre-vingt-neuf ans, je m’étonne encore d’être là. On doit peut-être frôler le record du monde, mais ça aura le mérite de ne plus me faire attendre la mort. J’ai adopté l’idée d’être immortelle il y a bien longtemps. Bien longtemps avant que les blancs pensent avoir la supériorité vis-à-vis les nègres. M’enfin, je crois. Et qu’est-ce que ça change, sinon, qu’on finira tous par être enterrés six pieds sous terre avec un pédophile en soutane qui récitera trois ou quatre paroles creuses à notre égard? Mieux vaut être immortelle que d’entendre ce qu’ils diront sur moi.

Le soleil s’est caché. Ce faible, cette… Ah, non, je l’ai déjà écrit, ça. M’enfin. Il fait noir comme dans le trou de… d’un ours, si vous voyez ce que je veux dire. Je ne sais pas l’heure qu’indiquent les horloges de ces riches, je n’ai jamais eu les moyens de m’offrir une telle richesse. La seule indication de l’heure dont j’ai droit, c’est celle qu’indique l’horloge du Nuttal&Mann’s, le saloon de James. J’y travaille quelques fois. Je lave les tables, la vaisselle, vous voyez le genre de négresse. On ne change pas ce qui a fonctionné toute une vie. James est un chic type, ouais. Il m’héberge, il m’aime bien, je crois. Je ne sais pas si je l’apprécie autant, après tout, ma relation avec les gens n’a jamais été très simple. Bien au contraire. Je marche tranquillement vers la Broadway Street, de toute manière, je n’ai plus l’âge de courir, à la recherche de je-ne-sais-quoi. J’ai peut-être juste envie de prendre une petite marche en solitaire comme je le fais chaque soir avant d’aller dormir. Marcher. Une liberté que je n’ai jamais eue avant d’être libérée de la famille Eldridge. Aujourd’hui, toutes les libertés que je peux prendre, je les prends. Parce qu’on ne sait jamais quand elle nous sera retirée. Ouais, croyez-moi. Les pas se suivent et se ressemblent quand la vie fait place au quotidien… Ça ressemble à Joe Dassin, hein? Fins connaisseurs. J’enchaîne alors les pas dans le silence de la nuit qui est à nos portes et m’arrête devant un bruit distinct. Je reconnaitrais le bruit d’une chaise qui se berce à cent mille lieux, petit don hérité de madame Eldridge. Cette chienne dans la boue! Je tourne mon regard vers la maison d’où provient ce bruit. Un homme se berce sur son perron. Seul. Seul comme la nuit, comme un nègre dans un champ de blancs. Je l’observe une fraction de seconde et le reconnais immédiatement. Il faut dire que par ici, je n’échange pas la parole avec beaucoup de ces gens-là. Je l’ai croisé il y a quelques semaines, à mon arrivée à Deadwood. Il avait semblé être vexé, le pauvre petit qui mettra sans doute tout sur la faute des nègres et de Dieu. À ses côtés, une chaise vide. Je m’approche de lui, prenant pleinement la liberté de le faire. Je vous l’ai dit : je prends désormais toutes les libertés possibles.

«Cette chaise… Votre ami imaginaire s’y trouve ou bien il est parti aux latrines?» Je ne lui laisse guère le temps de répondre. «C’est bien ce que je pensais.»

Je grimpe les deux ou trois marches qui séparent la route de son perron, puis je viens prendre place sur la chaise vide. Mes jambes me remercient, il faut dire que ça fait déjà plusieurs minutes que j’erre dans les rues de cette ville minable sans m’arrêter.

«Ne faites pas cette tête, vous semblez encore plus abruti ainsi…»
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Bastard and proud of it

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Message Sujet: Re: Unmade soul ft. Godfrey 22nd Février 2017, 21:28

Pourvu qu'elle y reste.
Betty & Godfrey

Quelle journée. Pas que le métier de cocher soit particulièrement exigeant, surtout lorsque l'on a un client une fois par semaine, même quand c'est du recel, mais tout de même, quelle journée. Les chevaux ont décidé de se faire la malle deux fois - Andromeda, brave cavale fidèle, est restée à mastiquer son foin tandis que les trois autres s'amusaient à ouvrir la porte du paddock -, il lui a fallu faire tourner Pollux dans le corral, ensuite Deus, pour que finalement Atreus se mette à boiter à cause d'une mauvaise réception. Le vétérinaire ne sera disponible que plus tard dans la semaine, en espérant qu'il ne faille pas faire abattre la brave bête. La dernière fois qu'il a claudiqué, c'était des conneries, il faisait juste le malin pour se faire plaindre par Judith. C'était le préféré de Judith.
Sur sa chaise à bascule, il soupire. Ravi. C'est du sarcasme. Il fume sa pipe en terre, tranquillement, faisant machinalement grincer les pieds du fauteuil. Il aime bien ce son rassurant et pourtant agressif, surtout lorsqu'il est aussi rythmé, aussi régulier. Ça lui paraît être un équilibre adéquat sur lequel il peut méditer sans risquer de tomber d'un côté ou de l'autre. Tranquillement, il aspire et recrache le tabac, silencieux, la tête basse et le chapeau sur les yeux. La nuit va tomber. Il le voit aux planches en bois presque noires de l'obscurité, il le voit aussi aux teintes orangées qui embrasent la route devant lui, à l'ambiance qui se rafraîchit, à la douce chaleur de fin de journée. Il ira sans doute prendre un bain quand le soleil sera confortablement installé de l'autre côté de la terre. Pour l'instant, il se contente de rêver éveiller. Et de penser à sa journée.
Et fallait évidemment qu'il pense à Judith.
C'est pas vraiment d'sa faute, comprenez-le. Depuis ses treize années il la côtoie, vit avec elle. Presque vingt-cinq ans qu'ils partageaient leur vie, n'étant séparés que quelques courts mois dans une poignée d'années. Là, il a trente-huit ans, quadragénaire en sursis, la vie commence à peser sur ses épaules et à lui faire regretter pas mal de choix, notamment d'être venu ici, notamment d'avoir fui. Mais l'impulsion, vous comprenez, la poisse aussi, beaucoup de guigne, cette salope.
Tiens, en parlant de guigne et de salope. Regardez qui arrive.
Les marches craquent sous le poids tassé et vieilli de la vieille carne qui monte les trois marches du perron. Un soupir équin passe les lèvres du cocher, il ne relève même pas la tête pour la saluer, ne prend même pas la peine de lui répondre. Pas qu'il soit particulièrement rancunier, mais elle l'a quand même bien vexé la dernière fois qu'ils se sont croisés, la saleté. Sous son chapeau, il lève un œil curieux en la voyant s'asseoir à côté de lui, puis ronchonne dans sa moustache. Pourvu qu'un pied casse.
La voilà qui s'amuse à l'insulter de nouveau, décidément. Cette fois, il relève la tête, fume sa pipe sans lui adresser un regard. Son visage ridé et coulant le dégoûte rien que d'y repenser, alors l'avoir en face ne sera clairement pas une partie de plaisir. De loin, on entend Pollux hennir. Ouais, il reconnaît ses bêtes ouais.

- Ah, vous entendez ? Il lève un index, marque une courte pause pour notifier le son du cheval. Il se moque de vous.
C'est une certitude. Pollux est moqueur, de toute façon, c'est lui qui ouvre la porte du paddock quand il a envie de faire tourner son cocher en bourrique. Et généralement, les trois autres suivent.
- Hmr. De nouveau, il grommelle. Ca vous arrive souvent de venir sur le perron de ceux qui vous ont pas invités ? Non, parce que, v'savez, c'est vraiment désagréable en fait. Surtout quand c'est vous.
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Message Sujet: Re: Unmade soul ft. Godfrey 26th Février 2017, 02:02

Unmade soul

La soirée est fraîche. Putain, ce que ça fait du bien, les frais déclins de journées. Plus la température est clémente, moins il devient nécessaire de prendre un bain et à mon âge, moins l’on en fait, mieux on se porte. Pas que je sois particulièrement sale, mais la poussière et le temps fait drôlement les choses sur un corps humain. Il doit bien y avoir un terme précis pour ça, mais qu’est-ce que j’en ai à foutre, sérieusement? Je grimpe les trois marches du perron, et je suis relativement bien heureuse de me reposer les jambes. Voilà quelques instants que je marche, déjà, et le repos que ce petit con m’offre est tout bonnement bien apprécié. Bien sûr, il ne m’a pas proprement permis de m’asseoir sur son perron, mais qui ne dit mot consent. C’est ce que me disait monsieur Eldridge lorsqu’il me menaçait de me dépecer vivante si j’osais parler publiquement des viols répétitifs qu’il me faisait subir comme si je n’étais qu’un objet. Après tout, c’était peut-être le cas. J’étais née négresse. Un et un font eux. La femme-objet que je suis prend donc place sur une chaise à bascule libre. Un blanc seul sous les étoiles sans ami, peut-être que finalement, je suis une espèce de libératrice pour moustachus louches. Qu’il ne compte pas sur moi. Il pue le Britannique. Et ceux-là, plus que les autres, je ne suis pas capable de les blairer. Vous allez me dire que de toute manière, la vieille, elle ne peut blairer personne… Ouais, je ne vais pas vous contredire.

Je me laisse aller dans la chaise à bascule, mais pas trop quand même, ce serait le comble que je me pète une crise cardiaque ou quelque chose du genre. Je me permets une réplique qui ne le fait guère sourciller. Le pauvre, il est devenu si pathétique qu’il n’a plus aucune réaction, plus aucune émotion. J’aimerais sur le coup le plaindre, mais putain, je suis qui moi? Certainement pas sa mère! Un enfant blanc, quand même, ça aurait été une honte et un fardeau difficile à porter. Son œil se porte discrètement sur moi, mais à vrai dire, les blancs sont aussi spécialistes de la discrétion qu’ils le sont dans la nuit sans lune... Je lui demande bien gentiment de ne pas faire cette tête, mais le Britannique semble susceptible. Il lève la tête, fume sa pipe comme les blancs sans contenu. L’une de ses bêtes se plaint, je la comprends, puis il prononce enfin quelques mots.

«J’entends plutôt une bête implorer sa libération.»

Je le dis sans l’observer, pointant mon regard dans l’obscurité qui devient de plus en plus épaisse, opaque. Je compatis à la douleur de ces animaux. Des chevaux, je présume. Les Britanniques, ils sont si timbrés que cela ne me surprendrait guère d’apprendre qu’il joue à des jeux sexuels avec eux. Vous savez, avec tout ce que j’ai vu dans ma vie, il n’y aurait pas là de quoi s’étonner. La suite me tire un long sourire sur le visage, étirant mes longs traits ridés et crevassés dans une peau meurtrie par une difficile époque pour les nègres. L’humour britannique, ce genre de chose dont seuls eux raffolent. C’est à croire qu’ils sont cloîtrés dans le même univers parallèle où leur mode de vie est normal et acceptable pour un nouveau pays comme l’Amérique.

«Cessez de râler de la merde, vous rendrez service à bien des gens», dis-je, toujours le regard fixé droit devant moi, le bruit de ma chaise à bascule poignardant une nuit étrangement tranquille. Se prépare-t-il quelque chose dans la ville du crime, là où le vacarme est aussi fréquent que les putes? «En même temps, soyons honnêtes, je n’attendais aucune invitation. Ma présence vous pose donc problème? Quelle galanterie, madame doit être comblée.» Je roule les yeux, puis tourne lentement mon regard vers sa gueule de British qui ne me revient pas. «Si j’étais vous, je comblerais mon manque de virilité avec le poker. Ça vous irait mieux, le silence.»
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Message Sujet: Re: Unmade soul ft. Godfrey 27th Février 2017, 22:45

Pourvu qu'elle y reste.
Betty & Godfrey

- Hm, ce que vous avez du faire maintes fois, n'est-ce pas, c'est pour ça que vous le reconnaissez si aisément.
Ah. Il attaque dur d'entrée de jeu, le cocher. Il n'apprécie pas franchement d'être dérangé dans un moment si calme, tranquille, et intime qu'est celui où il se berce sur le perron de sa maison. Franchement, il y a des choses qui ne se font pas, et cette vieille carne ne semble pas avoir compris que l'on ne s'invite pas n'importe comment chez n'importe qui.
Très bien, d'accord : il est encore incroyablement vexé de s'être fait insulté de la sorte à leur première rencontre et compte le faire payer à la source de sa frustration. Monsieur a un ego sensible, monsieur n'accepte pas les critiques mal venues de négresses un peu trop sûres d'elles. Pas qu'il ait quoi que ce soit contre les nègres, en vérité, leur situation est bien loin d'être son problème. Mais celle-ci en particulier le fait ruminer et ronger son frein, pour les simples raisons citées plus haut. De ce fait, il n'hésite pas à lui rentrer dans le lard ; lard qu'elle a à profusion à en juger par son âge avancé. La vie ne fait pas de cadeaux, que voulez-vous !

Toujours les yeux perdus dans le vague, Godfrey fume, s'adressant encore sur un ton rabougri et dénué d'intérêt à la négresse qui se balance à ses côtés. Mais vraiment, VRAIMENT. Pourvu qu'un pied casse. Il sent qu'un accident pareil rendrait service au mon entier ; bien que le monde n'ait cure de l'autre gangrène âgée, une gangrène reste une gangrène. Il faut l'amputer avant qu'elle ne dégénère totalement, et quelque chose nous dit que la lame du temps est la plus tranchante qui puisse exister, qu'elle n'est pas loin du cou de la vieille.
Le calme sonore de Deadwood, en plus d'être rare, coûte cher ; la preuve. Le cocher cesse donc de se balancer, soit pour affirmer son mécontentement, soit pour que son silence intégral pèse encore plus sur les épaules de la vieille négresse, soit pour en faire abstraction et écouter ce qu'il se trame à sa droite. Sans doute un peu des trois, beaucoup des trois. Forcément, c'est ce moment qu'elle choisi pour railler, l'autre p...
Sans doute à autant de gens que si vous vous décidiez enfin d'aller sous terre et d'y rester. Songe-t-il alors, n'ayant même plus l'envie de rétorquer quoi que ce soit à son sujet. Tant qu'elle se casse le plus vite possible, ça lui ira.
"Madame doit être comblée", madame veut sans doute le tuer, et madame serait, en l’occurrence, de bien meilleure compagnie que cette carcasse ambulante. Sa présence lui fait le même effet qu'un ongle incarné, et l'on ne doit pas être loin de la réalité en contemplant l'aigreur incommensurable de la négresse. Bon dieu, mais qu'elle soit foudroyée sur place, que la maison brûle avec elle ; il ira dormir dans la grange, tant pis, les sièges de la diligence sont confortables lorsque l'on a d'autres choix que d'y coucher. On se fait à tout, hein, mais sûrement pas au regard insupportable des mégères comme celle-là.
- J'y parierai la vie de Deadwood et perdrait volontairement. Comme ça, vous comme les autres... Un sifflement suit le mouvement latéral de sa main. Plus d'emmerdes. Et plus de squatters comme vous aux alentours. Une petite pensée pour Nikki.

Il se lève, finalement, enfouis une main dans sa poche pour en sortir une petite boîte d'allumettes. Sa pipe à la main qu'il porte à ses lèvres, puis craque la petite flammèche, illumine le perron de la lampe suspendue au dessus des trois pauvres marches qui mènent chez lui. Voilà que l'obscurité a pris place au jour et il ne compte pas laisser les démons de la nuit empiéter sur son territoire. Bien que l'un d'entre eux s'y soit invité de jour, bien malgré lui.
- Et si vous étiez moi, hein... Grommelle-t-il. Sa voix est déformée par la pipe de terre cuite entre ses lèvres qu'il ne retire même pas pour être compréhensible. Ladite pauvre folle ne le mérite même pas. J'l'y verrais bien, tiens. Il râle, dans sa moustache, pour lui-même, s'appuyant contre une poutre du porche, gardant une main sur sa pipe tandis que l'autre range la boîte d'allumettes dans sa poche.
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Message Sujet: Re: Unmade soul ft. Godfrey 28th Février 2017, 02:34

Unmade soul

Qu’il fait bon de respirer l’air frais de la soirée, la lumière du jour qui n’existe désormais que dans quelques lueurs survivant aux hautes montagnes du décor merveilleux que sont les Black Hills. J’aurais pu être en meilleure compagnie, mais on ne choisit guère ceux qui viennent nous importuner toutes les heures du jour et de la nuit. C’est un peu le charme de Deadwood, cette ville où je vais sans doute terminer mes vieux jours, trop faible pour me rendre au Canada tel est mon rêve depuis mon affranchissement. Assise sur mon perron, en compagnie d’un homme qui n’a rien d’un Britannique dans les manières, mais dont sa gueule transpire la merde du Vieux-Continent, je me berce en avant puis en arrière, reconnaissant à tout coup ce grincement qui me donne des frissons, qui me rappelle un passé qu’il vaudrait mieux oublier. Une époque où les coups de fouet pouvaient se tolérer, mais l’odeur de l’alcool de sa bouche à la mienne, de sa salive parcourant l’entièreté de mon corps comme si je n’étais qu’une vulgaire bête à violer, à enfanter. Treize enfants, monsieur. Treize enfants, et je n’en ai jamais vu un seul, sinon quelques secondes à leur naissance. Ils sont peut-être morts. Certains sont peut-être en vie. Jamais je ne le saurai. Treize enfants. Treize raisons de m’accrocher à la vie comme une immortelle qui refuse de mourir. Treize raisons d’accomplir de grandes choses. Même si je suis une négresse. Même si je n’ai aucun avenir en tant qu’être humain de ce côté-ci de l’océan Atlantique. Même si à mon âge, la seule prouesse que je puisse réaliser, c’est de marcher dix minutes sans m’essouffler. Sans pleurer. Sans mourir. Une âme solitaire qui erre, attendant la mort, cette chienne qui ne vient pas. Ouais, treize raisons de respirer l’arrogance, de porter l’odieux jusqu’à croire, l’instant de quelques secondes, que ce perron est mien. Et que cet individu britannique m’est agréable à l’accompagnement. Il en est tout autrement. J’ai fini par détester tout le monde, j’ai fini par cracher sur tout ce qui m’empêche de vivre. Sur tous ceux qui ne peuvent blairer une négresse sur leur perron. Ce cocher, celui qui doit sans doute baiser ses juments lorsque sa femme s’est endormie, ne fait aucune exception. Non, aucune.

Il m’étire un maigre sourire du visage lorsqu’il fait référence, j’imagine du moins, à mes années de servitude forcée. Je ne souris guère parce que son humour est corrosif, mais parce qu’il n’a même pas le mérite d’être original. J’ai quatre-vingt-neuf ans. Pense-t-il qu’on ne me l’a jamais dite, celle-là? Croit-il que Betool Eldridge réalisera ainsi ce que sont les grands secrets de la vie? J’aimerais bien pousser un petit rire, mais je me retiens. Les Britanniques, ils n’ont que très rarement le sens de l’humour et j’ai peur que mon rire soit perçu autrement que ce pour quoi il serait exclamé : son pathétisme. Triste est le destin d’une esclave libre errant sans but, mais encore plus triste est le destin d’un homme qui ne semble pas saisir l’importance de vivre. Et de vivre à fond chaque jour comme si c’était le dernier. Il m’inspire la pitié. Rien de moins. Je me balance, l’esprit libre, mais surtout le corps, oui le corps libre. Mon nouvel ami, à mes côtés, putain je n’arrive pas à croire que je le qualifie ainsi, cesse. Je ne m’occupe guère de ses envies. S’il souhaite rentrer, je lui en saurai gré. Passer du temps en silence, tranquille et seule, sous les étoiles, je dois avouer que ça doit être extraordinaire. Dommage qu’il brise ma quiétude, dommage qu’il gâche une soirée qui était pourtant si bien commencée. N’a-t-il pas honte?

«Je ne vous retiens pas, vous pouvez partir si tel est votre désir», lui dis-je, oubliant peut-être volontairement que l’intrus de l’équation, c’est moi.

Je me balance sans jamais perdre ma cadence. Putain, je ne me suis pas balancée ainsi depuis au moins quinze ans. C’était la folle époque, dans ces années-là. À parcourir le pays à la recherche du Canada, du respect que l’on doit aux vieilles négresses comme moi. Loin des regards insistants, même si je les emmerde tous. Assurément, loin de ces inhospitaliers Britanniques qui ont le même sens de la répartie qu’une poignée de farine envahie de fourmis. Il se lève, un peu maladroitement, mais ça va, après tout, ce n’est qu’un blanc, craque une allumette et la porte à la lampe suspendue, donnant un faisceau lumineux non négligeable au perron, chassant l’obscurité comme ce jeune homme devait chasser les bonnes femmes.

«Il n’est pas trop tôt, putain. On ne va quand même pas passer la nuit à discuter ensemble sans se voir les traits», que je laisse tomber, sous un air moqueur. Décidément, il peut rêver s’il avait en tête de déposer ses frêles mains sur mon corps de déesse.

Et il peut rêver s’il croit que je vais passer la nuit ici. Une heure ou deux, tout au plus, histoire de me reposer et de le faire chier comme il se doit. Parce que c’est à double sens, ça, monsieur. Le pauvre, il est si susceptible, j’ai l’impression que bientôt, ce ne sera pas l’allumette qui va craquer. Mais lui.

«Ah, ouais, mais nah, ça ne le fera pas.» Mes yeux se portent sur son visage. «Vous devriez vous éloigner de la lumière, c’est que votre gueule… vous voyez... non, mieux vaut reculer un peu.»
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Message Sujet: Re: Unmade soul ft. Godfrey 20th Mars 2017, 15:46

Pourvu qu'elle y reste.
Betty & Godfrey

Ahh... La lumière chaleureuse et rassurante de la lampe lui fait presque oublier un instant où il est, avec qui il est. Les yeux perdus dans le vague, il regarde la pénombre du chemin d'en face, là bas, là où personne ne semble vouloir s'aventurer. Crainte des démons de la nuit, peur du noir, ou simplement aucune raison d'y aller, n'est-ce pas. Ah, lui, il pourrait fuir là, d'un coup, se plonger dans cette obscurité pour attendre péniblement que l'autre sur sa chaise ne dégage enfin. L'autre qui, d'ailleurs, se permet de l'ouvrir au sujet de la lumière qui envahit enfin le perron. Rah, est-ce qu'elle compte souiller de ses mots et de son haleine chaque action que fait notre pauvre Godfrey ? Il se pose bien la question, tiens, ignorant parfaitement sa remarque. Sans se voir les traits, hein. Il hésite à souffler la flammèche pour justement ne plus voir l'autre carne et s'économiser quelques pourcentages de vue, en plus de craindre que son visage hideux et ridé ne vienne le hanter dans ses cauchemars. Quelque chose comme descendre du ciel pour dévorer ses chevaux et des enfants. Si elle se réincarne, la vieille peau, sans doute sera-ce en diable ou autre créature de terreur. Ca lui semble être une bonne idée.

Quelque chose le heurte soudainement.
Passer la nuit ?!
- Si vous croyez que vous allez rester ici toute la nuit... Grommelle-t-il de nouveau, étouffant ses mots dans sa moustache bien entretenue. Pas comme celle de l'autre, là.
Si elle songe qu'elle va pouvoir passer la nuit ici, à attendre bêtement que la lame du temps ne lui tranche enfin la gorge, elle peut rêvée. Rien qu'à l'idée de la retrouver endormie sur son perron le lendemain lui fait serrer la mâchoire. Sauf si elle est morte pendant la nuit à cause du froid, c'est une éventualité. Faudrait qu'il se prenne un chien de garde, tiens, comme ça il dévorerait ceux qui s'approchent de la maison. Avec l'odeur de gibier que se trimbale la vieille, pour sûr que le clébard la prendra en chasse. Et quelque chose me dit que celui qui cours le plus vite, c'est pas l'autre peau morte.
Ses yeux ne quittent pas l'obscurité. Ne cherchent à rien accrocher si ce n'est la noirceur du monde. Sans regarder l'intruse, de ce fait, il se contente de hausser un sourcil quand elle fait la remarque au sujet de son visage. Ou plutôt de sa gueule, comme elle dit, la vieille carcasse. Ses lèvres forment subitement une moue, son air à l'air parfaitement hautain. Il lève un peu le nez, fume un grand coup, souffle dans un soupir agacé. La fumée s'échappe dans l'air, se disperse aussitôt la barrière de ses lèvres passée.
- Hors de question que je m'éloigne. Ca vous ferait plaisir, déjà, puis c'est le seul endroit où votre odeur de putréfaction ne m'atteint pas. Oui, parce qu'on en parle pas assez de l'odeur, sincèrement. Elle prend des bains tous les siècles ? Il faudrait la laisser mariner dans de l'huile bouillante pour la décrasser entièrement.
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Message Sujet: Re: Unmade soul ft. Godfrey 14th Avril 2017, 04:19

Unmade soul

La lumière surgit, les traits de son visage suivent la parade. Dégoûtante parade de blancs à la moustache similaire à des poils pubiens, retroussée outrageusement pour tenter d’augmenter leur virilité. Virilité enfuie, très loin, sûrement dix pas en avant des femmes qui fuient ces connards. Madame la cochère doit être bien malheureuse de passer ses journées entières à attendre qu’un homme aussi laid rentre à la maison. Un mariage forcé, sans doute, où la pauvre jeune femme n’avait pas d’autre choix. Forcée à toucher le corps de ce pathétique personnage. Pauvre homme qui, pour subvenir aux besoins d’une jolie demoiselle, doit passer le plus clair de son temps loin du nid familial. Une chance pour cette femme! À moins que ce pervers qui assouvit ses fantasmes sexuels sur ses chevaux soit seul, qu’il s’invente une épouse. En même temps, il peut très bien être marié à sa bête. Rien n’est surprenant venant les Britanniques. Des pervers dénués de tout sens moral. Ouais, je les connais bien, ces merdes ambulantes. Lorsqu’il me confirme que je ne passerai pas la nuit sur son perron, mes yeux roulent, mes dents pourries se font voir alors que mes lèvres s’étalent de leur long. «Comptez pas sur moi pour vous servir de jouet sexuel, vous avez votre jument pour ça!»

Non, mais! Pour qui il me prend, cet idiot? La pute de la ville? Il a intérêt à ne pas déposer sa main sur moi parce que je n’hésiterai pas à lui tirer du plomb dans la gueule. Au moins, ça ne pourra pas davantage le défigurer. Il a beau grommeler toutes les merdes qu’il voudra, c’est hors de question qu’il dépose ses mains baladeuses sur mon corps. Je le vois bien, le pervers, depuis tantôt, me déshabiller du regard. Pervers de merde! Preuve qu’il me désire, il ne me regarde plus, fixant l’obscurité, cherchant sans doute le bon moment pour me violer ou je-ne-sais-quoi! J’en arrive presque à regretter d’être venue me jeter dans la gueule de ce loup, mais une partie de moi ne peut s’empêcher de vouloir rester. De vouloir en savoir davantage sur ce Britannique peu gâté par la nature. «Le seul truc qui me ferait plaisir, c’est que vous puissiez vous fermer la gueule…» Puis son attaque m’indiffère. Ce n’est pas le premier, et force est de l’admettre, ce ne sera pas le dernier. Une odeur de putréfaction? Quels durs mots pour son haleine. Il s’est sûrement tortillé toute la soirée sur ses pauvres bêtes.

«Elle est où, madame la cochère? Elle se cache parce que vous êtes un batteur de femmes, espèce de tordu?» Je souris en coin, montrant à nouveau mes dents, ou ce qui en reste. Je continue de me bercer de l’avant vers l’arrière, puis de l’arrière vers l’avant, mon regard ne cédant pas, continuant de l’observer sans broncher. En venant de plus en plus à m’y faire. Si bien que je suis tentée de répéter l’expérience. Demain, après-demain et tous les autres jours qui suivront. «Tiens, j’ai une question, le pervers…» Je n’attends pas que son regard se tourne vers moi. Les Britanniques, de toute manière, sont tous des impolis qui ne savent pas faire preuve de respect. «Pourquoi les ténèbres vous fascinent autant?» Je continue de le vouvoyer, c’est un peu une preuve de soumission de ma part. Je vouvoie tous les Britanniques purs et durs, vestige de mon passé d’esclave. Puis je le vois bien, même s’il est dos à moi, qu’il y a quelque chose qui gruge son âme. Je ne m’attends pas à ce qu’il me débite sa vie, mais qu’il ne s’attende pas à ce que j’abandonne aussi facilement.
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Message Sujet: Re: Unmade soul ft. Godfrey

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