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 Au fin fond d'un verre de whisky. [Libre]

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Bastard and proud of it
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Message Sujet: Au fin fond d'un verre de whisky. [Libre] 14th Décembre 2016, 18:22



Le Nuttal & Mann's... N°10. Emile regardait le nom du rade, peint sur sa devanture. Il payait pas plus de mine que les autres saloons de Main Street, et c'était pas le mieux réputé. Surtout depuis qu'on y avait troué Wild Bill Hickok d'une balle dans le dos. Les parties de poker étaient dès lors réputées pour être particulièrement endiablées... Tu m'étonnes. Cela n'étonnait guère, Emile, à vrai dire. C'était pas la première fois qu'un type se faisait refroidir pour un jeu de cartes et une poignée de dollars. Parfois, ce genre d'histoires cachaient autre chose. Et d'autres fois, il était juste question d'orgueil et de pognon, le tout assaisonné par quelques verres de trop.

Verner prit une longue latte de nicotine sur sa cigarette froissée, laissant des volutes de fumée s'échapper de ses naseaux. Il venait à peine d'arriver en ville, trois jours qu'il avait posé ses maigres bagages à Deadwood. Il avait pas fait grand chose jusqu'ici, à part dormir – le voyage avait été long jusqu'ici – et boire quelques canons. Son silence habituel avait été conforté par la fatigue, et il n'avait pas échangé ne serait-ce qu'un mot avec quelqu'un. Même son whisky, il l'avait commandé d'un vulgaire geste du menton. Maintenant qu'il avait rattrapé ses nuits de sommeil, il allait se retrousser les manches.

Le spectacle que lui offrait cette ville le laissait dubitatif. Le nouvel eldorado dont il avait eu vent était pour l'instant bien différent de ce qu'il avait imaginé. Mais qu'avait-il imaginé au juste ? Lui-même ne saurait le dire. Tout ce qu'il voulait c'était prendre un nouveau départ, et ça, c'était quelque chose de permis ici. Il n'y avait pas de shérif pour lui courir après, ni d'affiches à son image. On pouvait être qui on voulait à Deadwood. Tant qu'on ne se faisait pas refroidir par qui avait décidé d'être plus malin que vous.

Jetant un regard en biais dans l'avenue, Emile s'étonnait de l'afflux de monde dans la bourgade. On voyait de tout, ici. Des banditos passaient, fusils dans le dos et colt à la ceinture, déambulant paisiblement au milieu des commerces et de leurs tenanciers. Des mineurs, la gueule empoussiérée, revenaient des trous où ils pourchassaient l'or, pioches à la main. Et tout un tas d'autres personnages, discrets ou hauts en couleurs se baladaient. Des types en haillons et des femmes habillées en bourgeoises se croisaient. Des gentleman saluaient des escrocs en se croisant. Le bourg était plus vivant que nul part ailleurs dans l'Ouest. Y avait, à dire vrai, qu'un seul petit détail qui changeait de tous les bleds que Chien avait visité dans sa vie. Y avait pas une seule étoile sur un torse, pas un seul colt qui ne tirait au nom de la Loi. Le gouvernement avait pas un seul foutu pied à terre ici, et le plus hilarant dans cette histoire, que tout semblait marcher pour le mieux. Les honnêtes gens se faisaient détrousser avec autant de panache qu'à l'Est, et les pistoleros s’entre-tuaient dans le désert sous le regard de la même lune. Ce petit paradis de la pègre menait sa petite vie où tout le monde semblait avoir trouvé a place, de la pire crapule au plus volontaire des travailleurs. Et tous se côtoyaient sans loi aucune autre que celle du dollar, de la sueur et du sang. Et bordel, ça faisait du bien. Mais y avait quand même quelque chose qui clochait, et Emile ne savait encore dire quoi. Il venait d'arriver après tout. Il connaissait de la ville que son apparence égayée, comme l'on ne voit que les beaux atours des filles d'une maison close qui plume ses clients.

Et quel meilleur moyen de se rendre compte de la vraie nature du coin que d'aller se jeter un whisky au saloon du coin ? L'assoiffé n'oubliait pas non plus qu'il lui fallait trouver un brave pour l'employer. Il n'aurait bientôt plus de quoi payer sa piaule et les putes, et il lui faudrait alors encore courir à la nature en quête de pesos, comme disait ceux du Sud. Et aussi taciturne qu'il était, il devait avouer ne pas être contre un peu de compagnie et de causette. Tout ça, il pouvait le trouver au même endroit, avec de quoi s'hydrater. Alors pourquoi hésiter ?

Laissant choir sa cigarette sur la route poussiéreuse, le cabot l'écrasait de sa botte gauche avant de pousser les portes du saloon, le chapeau vissé sur le crâne et le regard méfiant. Il connaissait pas un pécore à l'intérieur, et comme à chaque fois qu'un type entre dans un saloon, il vit tous les regards se poser sur lui l'espace d'un instant, juste assez pour que la porte ait le temps de claquer derrière lui. Faisant fi des regards insistants sur sa personne, notre clébard poussa son chapeau en arrière du bout du doigt, histoire de se dégager un peu la vue et de trouver le zinc. Le saloon était pas pleins à craquer, mais y avait assez de monde pour que l'air soit emplis de sueur, de tabac et de vapeurs d'alcool bons marchés. Plusieurs tables accueillaient des joueurs de poker, certains avaient le front collant de sueur et devaient craindre pour leurs économies. Autour, les buveurs, et bien, buvaient et fumaient. Ça parlait bruyamment, avec des accents variés, mais toujours avec le vocabulaire le plus vulgaire qui soit. De la Californie au Connecticut, tous les foutus hommes libres de ce continent semblaient ne pouvoir formuler une phrase sans y glisser une insulte bien sentie. C'est un rictus en coin qu'Emile parvint finalement jusqu'au comptoir pour s'y accouder.

Y avait pas une seule foutue chatte dans ce saloon, et cette armée de testicules s'envoyaient des canons et des insultes bruyamment. Pas une seule fille de joie, c'était la particularité de la maison. Emile savait pas dire si ça lui plaisait ou non, au fond, il n'en avait cure. Même s'il était bon client des filles de joie, elles n'étaient pas indispensables à une bonne soirée. Le tenancier était un blond plutôt costaud aux cheveux longs. Il avait le regard tranquille mais Chien sentait qu'il fallait pas trop le chercher. Comme la plupart des tenanciers de saloons, en fait. Ces types cotoyaient tous les jours des dizaines de dé-zélés ivres capables de dégainer une arme à tout moment et tirer à tout va dans leur rade. Ca demandait à la fois une certaine sérénité et du répondant. Combien de barman Chien avait-il vu se faire refroidir ? Il avait pas assez de doigts et d'orteils réunis pour les compter. Mais il en avait aussi vu se défendre de manière théâtrale. Et le regard de ce type, même embué par l'alcool, avait quelque chose dans le fond. Le genre de truc qui plaisait à Chien et ses propres yeux noirs. Il aimait sonder celui des autres, espérant y flairer le même brasier éteint qu'en lui-même, les mêmes démons hantant leurs nuits et leurs fonds de verre.

Il attendit que le tenancier ne le remarque et lui fit signe de la main pour qu'il s'approche.


« - Un whisky, sec, patron. » dit-il simplement.

En attendant son verre, il se retournait face à la salle, observant un peu le beau monde rassemblé là. Y en avait pas un seul qui respirait le pognon ou l'intelligence. Il trouverait peut-être pas un boulot aujourd'hui. Restait encore le chef, devait pas connaître quelques tuyaux. On en entendait pas mal quand on était derrière le comptoir, aussi bien des rumeurs à la con que les nouvelles du coin. Sinon, il irait faire le tour des fermiers du coin. Devait bien y avoir un ranch qui cherchait de la main d'oeuvre, non ? Pour l'instant, sa Yellow le démangeait plus, et ses plus sombres pulsions étaient comme en léthargie. Ca ne l'empêchait pas d'avoir un colt à la ceinture par sécurité, surtout ici.

En entendant le bruit sec du verre posé sur le bois poli et le glouglou familier de la boisson qui s'évade du goulot de verre, il fit volte-face. Son verre en main, il remerciait le tenancier d'un signe de tête, avant de poser quelques dollars sur le zinc.


« - Garde la monnaie, c'est cadeau. » dit-il doucement, fixant le patron de ses deux yeux noirs.

Puis, il levait le coude pour s'envoyer son verre au fond de la gorge. Il avait à peine le verre posé sur ses lèvres et la tête en arrière qu'un espèce d'abrutis lui rentrait dedans, le bousculant assez pour lui faire perdre l'équilibre. La moitié de son whisky avait été envoyé sur sa chemise sale plutôt qu'au fond de sa gorge. Verner était d'un calme implacable en apparence, mais c'était le genre de truc qui le foutait en rogne rapidement. Sans même regarder le responsable de ce fiasco, il posait son chapeau sur le zinc, repoussant une mèche de cheveux en arrière et retroussant ses manches.

« - J'espère que t'as de quoi payer une tournée l'ami. » dit-il en posant finalement ses yeux sombres sur le malotru qui venait d'arriver au comptoir.


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Message Sujet: Re: Au fin fond d'un verre de whisky. [Libre] 15th Décembre 2016, 15:01

« Je m'ennuie, Chin Li. Je m'ennuie terriblement. »

Allongé sur le lit minuscule, Charles Gabriel Whitmore contemplait les tâches qui constellaient le plafond avec un intérêt qui s'approchait de la folie. En se concentrant bien, il avait presque l'impression de les voir bouger. L'une ressemblait à un chapeau, l'autre à un cactus, une autre encore à...et bien, il aurait préféré ne pas le savoir. L'histoire qu'elles racontaient ensemble se révélait douloureusement captivante, et il dut cligner des yeux avec force une bonne demi-douzaine de fois pour reprendre ses esprits. Il n'osait pas bouger, car il lui semblait avoir pris la position idéal sur le matelas douteux pour ne pas se sentir souillé plus qu'il ne l'était déjà. Chin Li, en véritable petite fée du logis, avait de son mieux ces derniers mois pour rendre la chambrette qu'ils louaient aussi accueillante que possible plutôt que réellement propre ; il y avait des tâches qui restaient impossibles, même à un compagnon aussi doué et versatile que le bon vieux Chin Li McGregor.

« Je m'ennuiiiiie ! » répéta Charlie, plus fort, légèrement exaspéré à l'idée qu'on ne le relance pas sur le sujet. Il ne parlait pas pour ne rien dire, et il parlait surtout pour qu'on l'écoute. Sinon, à quoi bon ? Si Chin Li n'avait pas réagi tout de suite, c'était parce qu'il sifflotait une vieille comptine chinoise avec entrain, tout à son ouvrage. Il était en train de repasser quelques unes de leur chemises sur la petite planche de voyage qu'il emportait partout avec lui, un tablier brodé autour de la taille, celui qu'il ne quittait pas lorsqu'il s'employait aux tâches ménagères. Même à l'intérieur, il gardait son chapeau vissé sur la tête, et il crachait de temps en temps un peu de tabac à chiquer dans la coupole prévu à cet effet.

« ...nuiiiiiiiiiie ! » continuait Charlie, ce qui fit lever la tête à son partenaire, enfin.

« Je croyais que c'était là ce que vous recherchiez, m'sieur Charlie ! Une vie ennuyeuse, tout ça. »

« Je la voyais tout de même avec un plus de tout ça. » Rassemblant l'énergie qu'il avait accumulée pendant la dernière demi-heure, il se redressa soudain en position assisse, passant du plafond décrépit à un mur qui ne s'en sortait guère mieux. Décidément, il était bien loin des logements auxquels il était habitué, mais pour trouver mieux à Deadwood, il aurait fallu se lever de bonne heure. Préférablement avant la création de la ville, lorsque dormir sur le sol de terre battue aurait été plus hygiénique. Il avait beau avoir emporté ses draps de soie, ce n'était pas pareil, pas dans un tel cadre. Et puis la porte grinçait, les fenêtres laissaient passer tout le bruit et les impuretés, les lampes ne fonctionnaient qu'à moitié, et il était plus ou moins certain qu'une famille de souris s'était installées quelque part sous un des meubles vermoulus. Peut-être qu'elles chasseraient les araignées, voilà qui était positif.

Un bruit fort et sec se fit entendre de l'extérieur, phénomène courant en cette riante bourgade. Coup de revolver, de chaise sur le crâne, de sabot ou de porte qui  claque, qui pouvait réellement dire ? Il fallait réellement tendre l'oreille pour discerner les uns des autres les mille et un bruits qui composaient la symphonie du vacarme vivant qu'était la localité. Localité, voilà un terme qui lui convenait bien mieux que ville, qui paraissait à Charlie bien trop flatteur pour ce qu'elle était. Local étant à peu près la seule qualité qu'il pouvait réellement lui trouver, et ce en cherchant bien. Quand ses supérieurs de l'agence l'avaient envoyé dans ce trou perdu, ils avaient vraiment soigné leur punition aux petits oignons. Et ils lui avaient caché à quel point la loi était malvenue dans ce patelin qui ne l'aurait même pas reconnue si on lui en avait brandi une photographie sous le nez. Il avait commis l'erreur de sortir sa plaque une fois, et il ne s'en était sorti qu'en baratinant comme si sa vie en dépendait, comptant sur sa chance inouïe qui l'avait plus d'une fois sorti d'une fâcheuse situation.  Depuis, il prenait le plus grand soin de cacher tous ses liens avec l'agence fédérale, ce qui n'était pas très compliqué étant donné qu'elle n'attendait rien d'autre de lui que de se faire oublier et, si possible, de finir avec une corde au cou ou une balle entre les deux yeux. Et bien il n'allait pas leur donner ce plaisir, à eux comme à son père ; car pour Charles Whitmore senior, un fils mort valait mieux qu'un fils disgracié.

Quant à l'ennui, Charlie vivait une relation des plus compliquée avec ce dernier : il proclamait le rechercher plus que n'importe quel Saint-Graal, mais s'en délaissait dès qu'il le trouvait enfin. Autant il était las de l'aventure, autant elle finissait de toute façon pour lui tomber dessus. Du coup, quand plus rien ne se passait, voilà qu'il se sentait encore plus désœuvré que d'habitude. Six mois à Deadwood, et il avait parfois l'impression de tourner en rond comme jamais. Au moins, il y avait de quoi boire, jouer aux cartes, et trouver de la compagnie pour une nuit n'était pas difficile, même si Charlie avait toujours rechigné à dépenser pour cela, se considérait comme d'une âme bien trop romantique,  mais à la manière d'un grand roman plutôt que touchant au cœur. Et puis il y avait même quelques âmes avec qui la discussion n'était pas désagréable, comme Gale le pianiste ou Amory le savant. Il pouvait toujours compter sur le bon vieux Chin Li, qui l'avait suivi sans broncher dans on exil. Mais tout de même, la vie ne se devait-elle pas de lui réserver quelque chose de plus ? C'était décidé, il allait sortir !

« C'est décidé, je sors ! » Se levant, il épousseta sa chemise, reboutonna son gilet et redressa le mouchoir de soie dans sa poche de poitrine. Il se coiffa de son grand chapeau blanc, boucla son ceinturon, s'assura du bon état de son pistolet, enfila ses bottes et fit claquer ses éperons, dont il s'était pourvue sous le coup d'une lubie soudaine, ayant vaguement l'impression que cela lui suffirait à faire couleur locale.

« Bonne promenade, m'sieur Charlie ! Oh, et si vous pouviez ramener une bouteille de lait en rentrant, ce serait chouette de votre part, sans vouloir abuser. »

« Et bien tu abuses, mon cher Chin Li, mais j'ai bon cœur, aussi essaierai-je d'y penser. »

Et puis Charlie aimait son lait presque autant que son whisky, même s'il ne l'aurait jamais avoué au bar. D'un pas qu'il s'efforçait d'avoir léger, il franchit la porte, le couloir et l'escalier pour se retrouver dehors. Au grand air, si l'on pouvait appeler le marasme au travers duquel il avait parfois presque l'impression de devoir traverser à la brasse de l'air. On l'avalait plus qu'on le respirait, surtout les jours de grand soleil. Pour le reste, il ne savait pas encore qui de la boue ou de la poussière était la pire ; toutes deux se raclaient de ses chaussures, qui n'avaient jamais demandé à subir un tel traitement. Quant à la faune locale...et bien, il pouvait sans se tromper dire qu'elle était colorée. S'il se montrait honnête, il devait bien avouer que tous n'étaient pas des êtres sans foi ni loi, et qu'on y trouvait un bon nombre de gens qui essaient simplement de vivre leur vie au jour le jour, et de s'en sortir comme ils le pouvaient. Ce dont les profiteurs n'oubliaient jamais d'abuser ; et puis il y avait la racaille véritable, les pires des pires, ceux que Charlie s'efforçait d'éviter au maximum.

Au moins avait-il le choix lorsqu'il choisissait d'aller boire un verre. Malgré son statut qui le rapprochait le plus du quartier général de la pègre du coin, il affectionnait la plupart du temps le Gem, qui avait des produits de qualité pour qui en avait les moyens. Et puis le patron avait beau être une canaille, c'était une canaille avec qui l'on ne s'ennuyait pas, et à l'esprit affûté ; malgré son langage qui aurait mortifié le plus profane charretiers, Al ne manquait pas d'un certain charisme auquel il était agréable de se confronter. Mais aujourd'hui, Charlie n'avait pas vraiment envie d'une joute verbale, aussi opta-t-il pour un établissement plus discret. Enfin, pour une ville comme Deadwood, s'entend. Il franchit les portes de Nuttal & Mann's d'un pas relativement vif, tout en se demandant ce qui allait bien pouvoir animer un peu sa journée. Et comme pour exaucer son souhait de la manière la plus facétieuse qui soit, voilà que l'univers -comme à son habitude- le précipita droit dans les ennuis potentiels. Tout à ses pensées, il percuta bien malgré lui un homme installé au bar, répandant son lot de whisky innocent (ce qui le désola bien plus que la collision initiale). Au moins, le lésé ne chercha-t-il pas à le descendre séance tenante, se contentant d'une simple demande de réparation ferme et sans équivoque.

« Croyez bien que je suis le premier attristé à l'idée d'avoir assassiné notre délicat breuvage de préférence, l'ami. Il va sans dire que votre nouveau verre sera pour moi, et même le prochain ! Tenez, je crois que je vais même vous accompagner. » S'installant à son tour au bar, il fit signe au barman : « Remettez-nous donc deux whiskys, mon brave. Les meilleurs, tant qu'à faire. Après tout, vous méritez aussi d'être récompensés des accidents causés dans votre établissement en m'extorquant quelques dollars de plus. »

Puis, l'information ayant enfin été relayée de neurone en neurone, voilà que Charlie écarquilla les yeux tandis qu'il les posait sur les traits de l'homme bousculé. Il lui disait quelque chose, mais un quelque chose tellement conséquent qu'il le lui chantant carrément en canon. Des années d'instinct de survie prirent le dessus, combinés à certains souvenirs peu agréables ; Charles se contracta soudain, s'assurant que son revolver était facile d'accès, au cas où. Puis il se rappela où il était, se dit qu'il n'avait guère envie de provoquer plus de grabuge, et remarqua que sa curiosité l'emportait sur le reste.

« Et bien, si j'aurais cru vous retrouver ici... Quoi que, au fond, il n'y a rien d'étonnant : c'est dans ce genre de ville qu'on finit par échouer, lorsque nous n'avons plus rien à perdre d'un côté ou de l'autre de la loi. Vous reniflez loin du Minnesota ; ainsi, vous avez donc bel et bien survécu. »

Voilà qui suffirait, comme entrée en matière ; d'autant que Charlie était curieux de voir comment l'autre allait réagir.
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Message Sujet: Re: Au fin fond d'un verre de whisky. [Libre] 18th Décembre 2016, 20:54

Le type lui disait rien, un blond aux yeux d'un bleu perçant, qui était visiblement pacifique, puisque la situation n'avait toujours pas dégénérée. Chose plutôt rare en ville. Il n'avait pas l'air agressif, mais parlait avec des manières et une élégance qui n'était pas coutume ici, sauf chez les escrocs. Ce genre de romantiques couraient l'Ouest, citadins ou charlatans, et Chien en avait plumé un paquet. La manière de parler des gens trahissaient leur origine, leur étiquette sociale, et en partie, leur personnalité. Ce type là était pas natif du coin, il avait connu la ville et s'en souvenait, ou alors avait eu une sacrée éducation. Il parlait bien, beaucoup, et était ennuyeux, voilà ce que pensait Emile pendant qu'il déblatérait ce que Verner prit pour des excuses. Mais il allait lui repayer son verre, et c'était là le principal. Emile se contentait d'acquiescer avec une moue satisfaite. Il remit son chapeau au sommet de son crâne pendant que le type commandait en s'installant au comptoir. Il allait l'accompagner ? Le Chien avait souhaité de la compagnie, voilà qu'il en avait. Il n'avait pas imaginé que les choses se dérouleraient ainsi, et ce type détonnait quand même dans le paysage local, plus vulgaire que guindé, mais pourquoi pas ?

Au moins, ce n'était pas un pistolero sanguinaire. Quoi que, ici bas, les apparences étaient trompeuses. Et c'est justement pour ça qu'il comptait nouer quelques connaissances histoire de découvrir le coin. Pourquoi pas commencer avec ce drôle de type ? Certes, il était arrivé de manière désagréable mais avait rattrapé son geste de manière aimable et sans opposer de résistance, évitant tout énervement à Emile, alors à quoi bon s'emporter, après tout. Et puis, s'il avait la langue aussi pendue qu'il en avait l'air, il pourrait très certainement lui apprendre quelques bricoles utiles, et lui raconter ce qui se dit en ville.

Alors qu'il se réinstallait au comptoir, Emile eut alors la désagréable impression d'être observé. En fait, ce n'était pas une impression, du coin de l'oeil, il distinguait très bien son nouvel ami, tourné vers lui, la bouche légèrement ouverte, le regardant comme s'il était la Vierge. Chien tournait lentement la tête vers le gus, sourcils arqués. Il avait pas grande expression mais on devinait qu'un truc le chagrinait pas mal, et que ça travaillait là-dedans. Le type allait tater du bout des doigts le holster qui abritait son colt, et Chien se crispait instinctivement, posant la main sur le sien. Qu'est-ce qu'il lui arrivait, à ce foutu illuminé ?

Il eut la réponse bien assez tôt. Deux whisky frais étaient à peine posés sur le bois du comptoir que sa voix s'élevait de nouveau. Chien sentit un frisson parcourir son échine. Au début, il crut que le gars faisait erreur, mais y avait certains trucs qui trompaient pas. Comme quand on lui parlait du Minnesota, et qu'on se référait à son surnom. Y avait qu'un seul bandit, de Los Angeles à Boston, qu'avait eu l'idée farfelue de s'appeler l'Chien. Et quand on parlait de renifler au Minnesota, il n'était pas question de chercheur d'or. De derrière ses mèches brunes, les yeux du pillard lançaient des éclairs à l'inconnu. Il avait mis la main à son arme, sans s'en rendre compte.

Qui était ce mec ? Sa trogne lui rappelait rien, que cela soit son visage ciselé au canif ou ses deux orbites bleus qui le scrutait avec une expression qu'il ne saurait traduire comme de la sévérité ou de la confiance. S'il avait cotoyé un bandit qui parlait comme un bourgeois, il s'en rappellerait. La plupart des hors-la-loi du pays juraient comme des charretiers, et savaient à peine lire. Alors comment ce type pouvait le recadrer, aussi loin du Minnesota ?


« - Vous êtes qui ? » dit-il doucement, se tournant de trois quarts vers son interlocuteur. Quand on faisait face à un type qu'on remettait pas et en qui on avait pas confiance, valait mieux pouvoir dégainer et tirer rapidement. Dans ces cas là, hors de question de lui présenter son dos ou son profil, et il fallait rester alerte.

Il voulait simplement boire un verre tranquillement, et voilà que ses vieux démons resurgissaient subitement. Cela devait arriver, mais aussi vite ? Et par un inconnu ? Le Dakota aurait mis sa tête à prix sans qu'il ne le sache ? Non, impossible, il ne serait pas arrivé jusqu'à Deadwood sans rencontrer d'ennuis. Or, il avait traversé l'Etat sans être inquiété par autre chose que le prix des putes et de la gnôle. Alors quoi, en fin ? C'était un foutu homme de loi ? Le père, le frère, l'enfoiré d'oncle d'une de ses victimes ? Cela pouvait être tout et n'importe quoi, et pourtant, il avait pas l'air de vouloir refroidir Chien, ni de le haïr. En fait, il avait surtout l'air curieux. Décidément, il était tombé sur un type à part.


« - Je crois bien que vous faites erreur mon gars... Y a bien longtemps que je n'ai rien flairé. » dit-il doucement.

Ça se trouve, tout cela n'était qu'une coïncidence. Inutile alors de dévoiler toute ses cartes dès maintenant. Si le type insistait, il aviserait. Pour l'instant, il s'emparait de son verre et le levait en direction de celui qui l'avait payé.


« - A ma chemise pleine de whisky. »

Il ne pouvait nier que cela commençait à le tarauder. Si ça se trouve, ce type n'était qu'un civil parmi d'autres, qui avait vu sa tronche sur une affiche en se baladant de l'autre côté de la frontière. Ou alors, c'était bien plus que ça, et Chien ne saurait dire précisément si cela ne le rendait que plus curieux, ou bien méfiant. Mais il restait sur les aguets, comme tout bon chien errant, menaçant de mordre même la main se voulant aimante.


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Message Sujet: Re: Au fin fond d'un verre de whisky. [Libre] 22nd Décembre 2016, 11:16

Un soupir affecté, à fendre l'âme, franchit les lèvres de Charles Withmore. Soupirer était tout un art, un art qu'il s'était employé à parfaire au fil des années. A contrecœur, il devait bien admettre que c'était là quelque chose qu'il tenait de son père. Charles Withmore senior soupirait comme personne : le rang d'émotions et d'informations qu'il pouvait ainsi placer entre ses lèvres n'avaient aucune comparaison. La plupart du temps, il se contentait néanmoins de placer toute la désapprobation du monde dans un seul souffle d'air. Combien de fois Charlie en avait-il été la cible ? Il n'osait les compter, de peur d'y passer la journée. D'autant qu'il avait autre chose à faire. Ou du moins aimait-il prétendre qu'il avait autre chose à faire, car à Deadwood, il lui arrivait de trouver le temps long. A un point tel qu'il finissait par penser à son père, ce qu'il avait toujours préféré éviter. Il n'avait à ce sujet aucune pensée réjouissante, et avait connu bien des cactus plus affectueux. Et c'était à son père qu'il devait son exil dans le Dakota du Sud, dans cette ville qui n'en était pas vraiment une, en compagnie d'un bon nombre de truands qui avaient au moins la décence de s'afficher comme tel. Tout ça pour en revenir au soupir, et à l'affliction du moment.

Tout ce qu'il avait voulu, c'était sortir prendre un verre. Une tâche tout ce qu'il y a de plus banale, mais Charlie se demandait parfois s'il ne serait pas capable de trouver les ennuis rien qu'en essayant de se lever le matin. Il avait beau déployer des trésors d'inventivités et d'efforts pour les éviter, ils finissaient toujours par le retrouver. Avoir réussi à survivre six mois à Deadwood ne signifiait pas forcément qu'on allait en connaître un septième, mais il croyait pouvoir faire de son mieux pour éviter les désagréments d'un genre définitif. Cela aurait sans doute bien trop fait plaisir à son père, qui préférait la mort de ses enfants plutôt que leur déshonneur. Quant à ses supérieurs, il ne représenterait qu'un peu de paperasse en moins. Aussi persistait-il à vivre, ne serait-ce que pour les embêter. Et puis il devait bien avouer que malgré son ennui entrecoupé de péripéties, et bien la vie, il aimait plutôt ça. Il l'avait toujours aimée, un peu trop peut-être, ce qui avait souvent été la cause de ses problèmes. L'amour en général ne lui avait jamais réussi, qu'il s'agisse de son affection pour les plaisirs de la vie ou celui qu'il vouait à sa chère Joséphine. Joséphine, qui elle aussi l'avait répudié, repoussé, remballé.

Un verre, c'est tout ce qu'il avait voulu. Mais à peine avait-il franchi les portes du saloon que le destin l'avait précipité dans les pattes du canidé tel un renard éberlué. Il aurait dû aller au Gem, comme il en avait l'habitude. Mais non, il en avait décidé autrement, et il risquait fort de finir par s'en mordre les doigts, si cet homme ne les lui faisait pas manger avant. Tout aurait pu s'arrêter là, après de simples excuses et un nouveau verre, mais voilà que Charlie n'avait pas pu s'empêcher d'ouvrir la bouche bien plus que nécessaire. Parfois, il avait bien de la peine à censurer ce qui lui venait à l'esprit avant de les exprimer à voix haute. C'était plus fort que lui, comme si son inconscient nourrissait de secrets désirs aventureux. De son inconscient naissait son inconscience, cela lui paraissait bien à propos. Et c'était de la conscience de ce desperado qu'il allait sans doute en partie dépendre, ce qui ne peignait pas un tableau des plus réjouissant à ses yeux. Voyant un bref élan de nervosité émaner de l'homme bousculé, Charlie se força à se détendre, et éloigna la main de son revolver, signifiant par là qu'il n'avait aucune intention de chercher la bagarre (tout en espérant très fort ne pas ainsi se transformer en cible trop facile). Rien n'était perdu, il pouvait encore se sortir de ce mauvais pas, et peut-être même le transformer en quelque chose de plus fructueux.

« Charles Withmore. » se présenta-t-il, répondant à la question du Chien. Car il s'agissait bien de lui, il en était sûr maintenant. Sa réaction le confirmait. Quelque part, Charlie était étonné de ne pas avoir croisé plus de bandits issus de son passé dans un bouge comme Deadwood, où ils avaient tendance à se rassembler comme des mouches. Il en avait pourchassé un certain nombre au cours de sa carrière, et il en avait même arrêté quelques uns. Il en avait descendus, aussi, même si ce n'était pas là un fait dont il s'énorgueillait. Ôter la vie était quelque chose qu'il réservait au dernier recours, à la légitime défense, de lui ou de ceux qui en avaient besoin. Personne n'avait ôté la vie du Chien ce jour lointain, dans le Minnesota. Les agents avait toujours su qu'un ou deux bandits avaient pu échapper à ce qui était devenu un carnage plus qu'une tentative d'appliquer la loi. Un carnage qui avait confirmé les réticences de Charles à participer à de telles opérations. Il avait tué un des membres de la bande ce jour-là, parce qu'il avait bien fallu qu'il se défende. Pour le reste, il lui restait à espérer que le rescapé ne lui en tiendrait pas rigueur.

« Vous faites bien de reposer vos narines. De toute façon, je n'aurais aucune envie de rappeler votre mémoire à qui que ce soit. On peut dire que ma propre bande m'a exilé, aussi n'ai-je plus vraiment de raison de lui faire la moindre faveur. Après des événements comme celui du Minnesota, je ne peux pas dire que ces hypocrites me manquent.» Charlie n'avait guère envie de se présenter officiellement en tant qu'agent, encore moins à Deadwood. Mais quelque chose le poussait à tendre la perche à cet homme. Il réalisa qu'il était vraiment curieux d'en apprendre plus sur le parcours du survivant. « La vie ne manque pas d'une certaine ironie. Nous aurions difficilement pu choisir des chemins plus éloignés, et voilà qu'au bout du compte, ils nous auront tous deux amenés à la même destination. Dans l'oubli, loin du reste du monde. »

Lorsque le barman leur tendit leurs nouveaux verres, Charlie leva le sien à son tour, répondant à son interlocuteur : « Et mieux vaut sentir le whisky qu'autre chose. » Il en avala une bonne rasade, avant de reposer son verre d'un coup sec. Il commençait bien malgré lui à apprécier cette curieuse situation, ne serait-ce que parce qu'elle brisait un peu sa routine.

« A quoi occupez-vous donc votre museau, si vous ne reniflez plus ? »
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Message Sujet: Re: Au fin fond d'un verre de whisky. [Libre] 26th Décembre 2016, 17:04

Le chien errant était un animal rusé et méfiant, ayant tôt fait d'oublier qu'il connaissait l'homme, dès qu'il avait perdu l'habitude de le côtoyer. Il le fixait alors en chien de faïence, suspectant jusqu'à son ombre. Celui-là n'échappait à la règle et ne croyait qu'au cœur des choses fiables, et leur essence immuable : l'or, le whisky et le vent de l'Ouest. Il ne voulait croire ni la main tenant le premier, ni celle servant le deuxième, et encore moins la voix s’élevant face au dernier. Il n'y avait point de justice ni d'âme fiable aussi loin des États civilisés. L'or tombait de mains corrompues pour remplir celles tâchées de sang, et le whisky bas de gamme était déversé dans des rades pleins de vices et de soûlauds. Quant aux voix que l'on entendait glapir toute la sainte journée, jacter, remplir le silence de l'air de quelques banalités toutes aussi vides, elles mentaient, flattaient et trahissaient. Le discours, le charisme, là résidait l'apanage du lâche, la couverture du mensonge et la dangereuse et mortelle fleur du désir.

Tout ici appelait au vice et à la mort. Ce qui ne sentait pas le cadavre évoquait soit la maladie soit le vice. Les femmes qui n'étaient pas vipères étaient filles de joies, et parfois les deux allaient de pair. Ce monde était triste et le soleil brûlant qui le dominait des jours durant n'y changeait rien. La poussière qui le balayait sans cesse en trahissait la crasse éternelle. L'or n'avait rien changé, n'avait rien préservé, bien au contraire. Si Dieu n'était plus bon à laver les pêchés et garder les siens sur la route tortueuse de la foi, pourquoi l'homme croirait-il encore en lui ? Il était plus proche du Diable que de quiconque, et l'on pouvait bien se demander qui l'avait fait à son image.

Et c'était dans les songes d'un meurtrier, d'un violeur, sans foi ni honneur, que ces chimères naissaient, torturant ses nuits. Les remords avaient remplacés l'appel du sang et de la chair depuis quelques temps, et voilà qu'il avait atterris dans leur tanière même. Cette ville puait le sang et le cul, ses macchabées avaient la peau trouée de plombs comme ses collines d'or. C'était comme si retrouver sa mère, le seul joyau ayant encore une quelconque valeur dans son cœur, lui avait ouvert des yeux fermés depuis toujours. Il n'était pas devenu un homme charitable pour autant, et restait le meurtrier qu'il avait été, car les pêchés n'étaient jamais totalement lavés, mais son âme s'était ouverte aux tourments du monde et de la compassion. C'était troublant, surtout lorsqu'on était un bandit à la gâchette facile, ayant connu plus d'amours forcés que de nuits de passions, et plus de meurtres sauvages que d'amitiés fraternelles. Deux identités, deux hommes fougueux luttaient en son sein, Emile Verner, simple pionnier aimant la nature sauvage et ses bêtes, et Chien, son pendant sanguinaire, vivant de violence et de raids nocturnes. Il ne prenait aucun plaisir à s'imaginer dans la peau de l'un ou l'autre, ils étaient les deux revers d'une médaille qui tournait sur elle-même, sans parvenir à définir quelle face du médaillon devait être exposée aux yeux de tous. Et il n'y avait que le fond d'un verre de whisky dans lequel plonger pour oublier un temps ces tourments. Ce même whisky qui avait été répandu sur sa chemise au détour d'un rade de Deadwood, cité de tous les pêchés. La lucidité d'Émile avait empêché toute effusion stupide de sang, et un nouveau verre remplaçait l'ancien.

Tout ça était d'une morosité sans nom, et cela ne rendait le Chien que plus aigri et méfiant. Alors quand ce type prétendait le connaître, le reluquant depuis derrière son whisky, il ne pouvait s'empêcher de chercher à comprendre, mais surtout de se mettre sur le qui-vive.

Comme la main du grand blond s'éloignait enfin de son holster, Chien se détendit un peu. Charles Whitmore, que le bougre s'appelait. Ca ne correspondait à rien qui ne hantait l'esprit d'Emile. Il renifla bruyamment, détaillant de nouveau le type de la tête aux pieds. Non, il n'avait jamais vu ce type... Mais visiblement, l'inverse était faux.

Mais c'est la suite des événements qui mit la puce à l'oreille de Verner. En même temps, c'était assez explicite. Le Minnesota... Chien sentit un frisson lui parcourir l'échine. Ce type portait l'insigne, ou du moins l'avait porté. Ses propos semblaient bien évasifs aux oreilles de l'ancien bandit, qui ne pouvait deviner que les pourtours d'une vérité dont les détails lui échappaient. En tout cas, cette tête blonde était lié au massacre du Minnesota, et la mort de la quasi-totalité de la bande de Roy, Fuego, et tous les autres. Combien en avaient réchappé ? Il était le seul à sa connaissance. Il n'y avait plus que leurs fantômes pour le hanter, et le tintamarre tonitruant des coups de feu et du plomb qui fuse.

Chien restait silencieux, le museau plongé dans son verre de whisky qu'il descendait avec une lenteur inhabituelle. Il était perturbé et ne savait que répondre à ce type qui avait touché dans le mille dès son premier tir. Les jeux du mensonge ne l'intéressait guère, alors à quoi bon mentir à un type qui connaissait déjà toute la vérité ? Sans doute avait-il même connaissance d'une bonne partie des exploits de Chien, mieux racontés par les primes sur sa tête que par n'importe quel conteur.


« - On dirait bien que même à des miles de sa niche, un clébard ne puisse se faire oublier. Faut croire que certains d'entre nous sentent le crime à pleins nez, pas vrai ? » dit-il finalement, relevant le visage vers Whitmore. « Même avec toute la bonne volonté qui reste à mon âme, je n'arrive pas à r'connaître votre odeur... Mais si vous avez connu le Minnesota, alors on s'est manqués de peu. »

Un léger sourire gagnait ses lèvres. Cela ne l'affectait pas tant que cela de repenser à ces événements. Ils restaient tragiques, et il avait plus cauchemardé sur cette trahison que sur chacun de ses crimes, mais la mort en elle-même de ses compagnons ne l'avait pas affectée. Chien avait été quelqu'un de détaché, agissant avec aveuglément, sans rien ressentir. Il ne pouvait même pas dire qu'il avait éprouvé du plaisir à être une purge sanguinaire. Il l'avait fait, voilà tout. Comme si ces souvenirs étaient ceux d'un autre. La seule disparition qui l'affligeant était celle de Fuego, son seul ami de cette dernière décennie. Ce fêlé avait bon fond, enfin, pour un truand. Ça lui donnait presque envie de chialer quand il se rappelait sa vieille trogne d'hispanique, et ses chansons paillardes autour d'un shot de tequila.

Il semblait bien que ce type avait un sentiment tout aussi amer du passé qu'Emile. Curieux. Les hommes de lois qu'avait rencontré Chien étaient plutôt du genre idéalistes téméraires. Car du courage il en fallait pour traquer Roy et sa bande de sauvages. Les flics du Minnesota étaient des chiens enragés, qui ne lâchaient pas, même après des années de chasse. Il les respectait pour ça. Mais celui-là n'avait rien d'un cabot comme Emile ou les shérifs de l'Est. Il avait quelque chose de plus noble, peut-être était-ce faux, un simple trait d'esprit ou une apparence qu'il se donnait, en tout cas cela marchait.


« - Pas si loin du reste du monde on dirait... » dit-il, soulevant une certaine ironie. Il avait pensé être loin de tout et surtout de son passé, et voilà qu'il arrivait déjà, dans un retour triomphant et... humide. Mais alcoolisé. «  Vous chassez toujours les chiens errants, monsieur Whitmore ? Car il y en a un paquet qui hantent ces rues. »

On était dans un putain de chenil à ciel ouvert. Les chiens se mêlaient aux loups et leurs meutes sanguinaires, qui maintenaient leur emprise sur l'endroit. C'était terrifiant, et magnifique. Ce pays l'étonnerait toujours.

Ce à quoi il s'occupait maintenant ?


« - Comme vous. Je bois des whisky en attendant que le passé me rattrape. Dieu merci pour mon foie, il ne lui a fallu que quelques jours... » dit-il, finissant son verre dans une longue rasade d'alcool. « Je suis comme qui dirait... Rangé. » Il eut envie de rire. Qui pouvait bien croire ça ? Un pistolero préférant devenir discret, dans la ville la plus corrompue d'Amérique, au milieu de tous ses semblables ? Et pourtant, il était bien rangé, pour le moment. « Le problème, c'est que ça paye moins bien que mon ancienne activité, vous en conviendrez... Et ce trou n'accueille pas tant de travail honnête que cela. »


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Message Sujet: Re: Au fin fond d'un verre de whisky. [Libre] 3rd Janvier 2017, 14:06

« Le monde est petit, que voulez-vous... » soupira Withmore, le nez dans son verre de whisky. Vraiment petit, pensait-il. Il avait parfois l'impression de se retrouver debout sur une carte du globe posée dans la poussière tellement il lui semblait impossible de ne pas se retrouver face à son destin(1). Destin qui semblait déterminer à se montrer aussi facétieux que mouvementé, alors qu'il n'aspirait plus qu'à une vie tranquille. Du moins essayait-il de s'en convaincre, lui qui avait après tout franchi les portes de ce saloon car il cherchait à tromper son ennui du jour. Son inconscient l'avait-il guidé à la recherche d'ennuis éventuels plutôt que de les envoyer toquer à sa porte ? On disait qu'il fallait faire attention à ce que l'on souhaite et, dans son cas, voilà que cela s'avérait on ne peut plus correct. Tout ce qu'il avait voulu, c'était un bon verre de whisky, peut-être même un de scotch. Et voilà qu'il se retrouvait en compagnie d'un tueur assez redoutable pour être l'un des seuls de sa bande à avoir réchappé au massacre du Minnesota. Ô joie. Mais qui sait ? Peut-être qu'une opportunité intéressante se cachait derrière cette rencontre fortuite...

« Si cela peut vous rassurer, vous ne sentez pas grand chose. Le crime se renifle sur le moindre caillou, dans cette ville, et vous ne dégagez pas plus fort qu'un autre. Ici, on a un peu tous la même odeur. »

L'odeur, voilà qui avait difficile pour Charlie. Non pas que Boston sentît la rose, mais en ville, on pouvait s'en prémunir rien qu'en se drapant derrière sa dignité de citadin. Mais à Deadwood, la dignité était une denrée rare, et il ne s'y serait draper dans rien du tout avant de le plonger dans une cuve de désinfectant. Les odeurs ne vous piquaient pas seulement le nez, ça non ; elles vous attrapaient carrément par les oreilles pour vous ficher un coup de boule. Elles possédaient un caractère si fort qu'elles en devenaient presque tangibles. Des bains régulier et du parfum n'étaient que des solution très temporaires dans le coin, aussi n'avait-il eu d'autre choix que de s'y habituer.

« Croyez moi quand je vous dis que j'aurais préféré manquer tout le Minnesota... Ce n'est pas la conception que j'avais de la loi. Vous ne semblez guère en garder de la rancune ; pourtant, il y a de quoi... »

Charlie ne put s'empêcher de grimacer, l'amertume de ce jour gâchant un peu le goût de sa boisson. On buvait pour oublier, il paraît, et bien aucune quantité d'alcool n'aurait pu lui faire oublier ce qui n'avait finalement été qu'un massacre. Il se rendait bien compte à quel point c'était cliché, mais...il n'avait pas signé pour ça. C'était en grande partie à ce jour qu'il devait d'avoir compris à quel point ce n'était pas plus rose du côté de la loi, et que la justice pouvait de révéler tout aussi impitoyable que le crime. Alors certes, les criminels qu'ils avaient pris en chasse étaient responsables d'actes ignobles, mais devait-on vraiment en arriver là ? La seule solution était-elle de les abattre sans hésiter, carnage pour carnage ? Il avait voulu croire qu'il y avait quelque chose de plus, ce qui l'avait poussé à monter son équipe de desperados en reconversion. Et ça aurait pu marcher, si...s'il n'avait pas lui-même pressé sur la détente lorsqu'il n'aurait pas dû, pour mettre fin aux agissements d'un homme qui n'aurait fait que répandre la terreur et la souffrance autour de lui si on l'avait laissé en vie. Mais pas parce qu'il était un criminel, non ; parce qu'il était un criminel de la pire espèce, un criminel avec une réputation, de l'argent et des contacts. Avec la loi elle-même. Au moins, à Deadwood, on savait à quoi s'en tenir.

« Non, je ne chasse plus. On m'a comme qui dirait rangé dans le placard. Et si je devais finir par y prendre une balle perdue, dans ce placard, disons que ça n'empêcherait pas les patrons de dormir. Et contrairement à eux, mon ancien gibier avait la décence de ne pas se prendre pour ce qu'il n'était pas... Alors je fais de mon mieux pour me tenir tranquille, entre les verres et les partie de cartes, et j'essaie de tromper mon ennui comme je peux. En espérant que ma réputation me précède pas trop, car je ne ferais pas long feu dans les parages. Si l'envie vous venait de vous venger d'une vie de persécution, c'est l'endroit idéal, vous ne trouvez pas ? »

Charles continuait de sonder son interlocuteur, même si le fait qu'aucune arme n'ait été dégainée jusqu'ici était plutôt bon signe. Si le limier avait vraiment voulu se venger, il n'aurait pas hésité. Et même si cela devait venir plus tard, l'agent s'y était presque résigné. Il avait l'impression que ce n'était qu'une question de temps avant qu'une balle ne lui tombe sur le coin de la pomme, dans cette ville. Jusqu'ici, il avait plus ou moins réussi à faire profil bas. Déjà parce que ça amusait Al d'avoir un agent fédéral sous la main, ce qui lui assurait une protection toute relative. Mais si le destin avait envie de se révéler définitif, il n'y pourrait au final pas grand chose...

« Rangé... C'est une perspective intéressante. Une perspective à laquelle je crois. Donner l'opportunité à des gens comme vous de se ranger, c'était là mon cheval de bataille, avant...avant que je ne me retrouve coincé ici. Et croyez le ou non, cela se passait plutôt bien.  Donnez leur une cible qui vaille la peine, utilisez leurs talents, permettez leur de l'exprimer, et voilà que ça change tout. C'est une question de point de vue, finalement. Et pas seulement dans leur cas ; plissez un peu des yeux, et vous verrez que les pires des ordures portent souvent un badge... Quant au travail honnête, il est vrai que cette ville n'y est pas toujours favorable, mais je n'ai jamais su résister à un bon défi. Après tout, peut-être saurons-nous trouver l'opportunité qui nous manque ! Quelque chose me dit que ce ne seront pas les occasions qui manquent... »

_________________________

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Message Sujet: Re: Au fin fond d'un verre de whisky. [Libre] 22nd Janvier 2017, 22:19

Le cow-boy ricanait doucement. C'est vrai que cette ville puait la mort. Même un macchabée en proie aux charognards avait meilleure allure et inspirait plus confiance. On en venait à se demander comment on pouvait même faire confiance à son scotch ici. Un simple verre de liqueur pouvait contenir plus de poison que le cœur des hommes du coin, et c'était pas chose facile. Y avait pas d'enfants de chœur ici et Emile n'avait encore jamais entendu chanter une chorale ou autre connerie évangéliste. Tout ce qui peuplait cette ville était un amas de bandits et de personnalités assez malhonnêtes pour les côtoyer. Restait ceux qui comme Whitmore et Verner avaient tenté de faire table rase : de gré ou de force.

Finalement, cette rencontre fortuite n'était pas si désagréable. Qui aurait penser qu'un flic aurait pu ouïr la complainte d'un pistolero se découvrant un cœur, et le comprendre. Les deux buveurs semblaient aussi amers l'un que l'autre, dégustant un whisky aussi pauvre que leurs perspectives d'avenirs. Tous deux avaient loupé le coche, et quelque chose s'était brisé. L'un aurait pu sauver la veuve et l'orphelin, briller au nom de la Loi et d'une insigne tout aussi clinquante. L'autre aurait pu continuer à terroriser les campagnes en crachant au nez du juge et de la morale. Et ils étaient là, au pire des endroits, avec un alcool qui était loin d'être le meilleur. Au moins leur mélancolie respective se tenait mutuellement compagnie, sans qu'ils ne s'en aperçoivent réellement, certainement encore trop méfiants pour comprendre qu'ils avaient peut-être trouvés un allié chez l'un et l'autre.


« - Vous avez raison, Whitmore. J'ai rarement sentis un trou aussi nauséabond, pourtant, j'en ai reniflé d'la merde. »

Le verre était vidé d'une traite, et retombait lourdement sur le comptoir. Une tape de la main pour héler le brave tenancier et la même chose était versée délicatement dans son verre vide. Son dernier pécule allait certainement y passer aujourd'hui. Il lui fallait désespérément de l'argent, et il ne savait que trop bien comment le gagner. Bientôt, il serait forcé de se remettre aux affaires. Il y a quelques années, cela l'aurait excité comme un jeune chiot un peu trop fougueux. Aujourd'hui, cela ne rendait son lendemain que plus morne. Il n'avait aucune envie de faire crier sa Yellow. Elle avait troué bien trop de torses. Et la hampe de chair qu'il avait dans le froc avait vu bien trop de vierges terrorisées. Mais il semblait que cela fut la norme ici bas. Aucune ferme n'avait répondu à ses propositions. Il était prêt à faire n'importe quel boulot qui puisse le changer les idées et l'éloigner un tant soit peu de l'odeur de la poudre et du sang. Histoire de sortir ces sales images qui étaient gravées dans sa tête. Il aurait aimé s'occuper du bétail, mais les éleveurs couraient pas les rues ici. Encore moins ceux recrutant en ville. Ceci dit, pour un porte-flingue, il y avait de quoi s'occuper, mais jamais de manière satisfaisante quand on essayait d'avoir un semblant d'éthique.

Quant au flic, il semblait tout aussi blasé. Le souvenir du Minnesota semblait le rendre un tantinet honteux, peut-être irrité par un passé qui ne lui plaisait guère. Étonnant. La plupart des hommes de loi que Chien avait connu auraient été ravis de massacrer de la pourriture comme ils le firent cette nuit là. C'en aurait même fait bander certains, attendant de prendre une revanche bien méritée sur les êtres sanguinaires peuplant l'Ouest américain, bien loin des Etats plus civilisés de la côte Est. Celui-là évoquait cette purge avec des remords, et s'étonnait du détachement avec lequel pouvait en parler l'ex-pistolero. S'il savait...


« - C'était pas beau à voir. Mais j'étais du côté de la loi où ce genre de chose n'a rien d'inhabituel. C'était le risque. On le savait tous. Certains mieux que d'autres. J'ai pas échappé au déluge de plomb par hasard, Whitmore. »

Et oui, Emile en avait lourd sur la conscience. Mais pas de rancœur pour les forces de l'ordre. Il était bien trop futé pour ça. C'eut été trop simple de décharger sa haine et sa peur contre eux. Il s'était passé ce qui s'était passé. Certains avaient eu le cul truffé de plomb. Roy l'avait pas eu par les fédéraux, en tout cas, et Emile était surpris que les flics ne soient pas au courant que l'Édenté était déjà refroidis au moment de l'assaut. Ce n'était pas si étonnant enfin de compte, avec un peu de recul, songeait-il immédiatement. Dans la cohue, les balles se perdent, et la toile de sa tente n'allait pas arrêter une cartouche de carabine. Qui plus est, la rumeur disait que le tout avait cramé après. Avaient-ils seulement pu compter les corps ? Tout ce que savait Chien, c'est qu'il aurait pu s'asseoir sur un petit pactole et une vie paisible dans l'Iowa, mais tant pis. Le fric était resté au ranch de sa mère, et si elle avait le flair, elle pourrait finir ses vieux jours tranquille. Lui n'avait plus rien que des ennemis, des shérifs au trousse, et si Dieu se souvenait de lui, certainement quelques vieux amis ne lui voulant pas que du bien. Il était presque étonné que cette histoire avec Roy ne lui remonte aux narines qu'aujourd'hui, après quelques années de cavale. Mais il avait un mauvais pressentiment. Aussi loin de son passé qu'il était, cette ville était un concentré de merde de tout le continent, et c'était précisément de ce milieu qu'il était issu. Rien d'étonnant à ce que tout ce qu'il avait côtoyé finisse ici, au paradis de la pègre et de la poudre. Au fond de lui, il savait qu'il n'était pas au bout de ses surprises, et qu'il trouverait bien plus qu'un fédéral, au détour de ses fins fonds de whisky.

Et il y avait trouvé là quelqu'un qui dérangeait visiblement. Mis au placard, selon ses propres mots. Un autre chien endormis. Un chien loyal, mais désœuvré. Rien à voir avec le cabot errant qu'étant Emile, enfin, c'est ce qu'il croyait. Mais tous les chiens avaient une fibre commune. Qu'ils mordent la main qui les caresse ou que celle-ci les ait rejeté. Au-delà d'un maître, ils couraient après une cause. Que ce soit celle de l'or ou de la loi. Les clébards n'étaient pas des loups voguant sans autre intérêt que le leur. Ils se rattachaient à quelque chose qui correspondait à leurs valeurs. Verner n'avait pas été le plus fidèle des clébards, mais il avait le mérite d'y avoir cru jusqu'au dernier jour.


« - Y a pas à dire, c'est l'endroit idéal pour un règlement de compte en règle. Vaut mieux garder profil bas dans l'coin. Une vieille connaissance peut vite dev'nir votre dernière en date. »

Le regard noir d'Emile fut parcouru d'un éclair malin et rapide, brillant. La situation était cocasse, évoquer ceci alors que tout y correspondait. C'était presque risible. Mais l'idée de dégainer était déjà bien éloignée de l'esprit du limier.

Verner ne savait pas si Whitmore essayait de lui faire passer une quelconque morale ou un message d'espoir, et il avait l'air assez attaché à l'idée que le pire des salauds puisse se ranger. Le monde lui criait le contraire, et pourtant il lui suffisait d'un exemple pour raviver son utopie. C'en était presque beau. Un léger sourire en coin, Emile prit une nouvelle rasade de whisky.


« - Quelque soit le côté de la loi, je n'vois que des ordures partout. Ca m'rend malade. Les curés, les bandits, les shérifs... ils transpirent tous le vice. J'suis pas croyant, monsieur Whitmore, mais je suis à deux doigt de penser qu'on est en pleins Sodome & Gomorrhe. Mais je vois toujours pas de châtiment divin. »


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Message Sujet: Re: Au fin fond d'un verre de whisky. [Libre] 26th Janvier 2017, 12:08

Finalement, on s'habituait à tout. On n'avait guère le choix, dans un patelin comme Deadwood. Et patelin était un terme qui ne convenait guère au lieu, se reprit Charlie mentalement. Patelin correspondait mieux à quelque chose de pittoresque, voire d'un peu champêtre. Le genre d'endroit où les touristes venaient s'extasier devant la maison du village où un célèbre cow-boy s'était un jour essuyé les bottes sur le paillasson. Le pittoresque de Deadwood vous noyait plutôt dans l'abreuvoir, tandis que le champêtre vous ressortait par les oreilles avec le reste de votre cervelle. Le tourisme n'y était pas une activité particulièrement lucrative ; si un pauvre hère avait l'idée saugrenue de venir visiter, il ne repartait plus. Pas parce qu'il aurait été conquis par le charme rurale de la riante bourgade, non ; c'était parce qu'il avait sans doute fini enterré dans un coin, ou noyé dans le ruisseau. Pour sa part, Charlie se sentait justement comme un touriste, même après six mois : il avait l'impression de sans cesse se balader avec une cible géante sur le dos. C'était à se demander comment il avait survécu autant de temps dans le coin lorsqu'on connaissait sa situation. Partout ailleurs, il aurait eu une chance -même maigre- de s'en sortir en se cachant derrière son badge, simplement pour qu'on le laisse tranquille. Ici, il avait plutôt envie de le cacher sous son matelas (car personne, à Deadwood, n'avait envie de mettre la main sous ce qu'on pouvait charitablement qualifier de matelas). Seulement...ben, c'était son badge, voilà. Il avait beau être en froid avec la loi et ses représentants, s'en séparer serait revenu à s'arracher une partie de lui-même. Quoi qu'on en dise dans les hautes sphères, son badge, il l'avait mérité. Alors il le gardait dans la poche intérieur de son veston. Il restait un agent, c'était plus fort que lui.

« Ah ça, il y a des trous qui sentent meilleurs. Une fosse commune, par exemple. Ou une bouche de l'enfer. »

Charlie ne savait pas exactement à quoi ressemblait une bouche de l'enfer, mais il avait dans l'idée qu'elle n'aurait pas envie d'être surprise dans le coin d'un bouge comme Deadwood. Même l'enfer avec ses standards. Déjà, on savait à quoi s'en tenir, avec ces histoires de tourments éternel. A côté de cette ville, ça manquait carrément d'imagination. Et puis personne n'était aussi doué que les hommes pour créer leur propre enfer. Ils n'avaient pas leur pareil pour le porter avec eux où qu'ils aillent. Tout était dans la tête.

« Le hasard se montre rarement déterminant, finalement. Quand on veut s'en sortir, on trouve souvent un moyen. L'instinct de survie est un remède miracle, dont les effets secondaires s'avèrent généralement néfastes pour les autres. Vous ne manquez pas de ressource, c'est une qualité appréciable. »

Si on lui avait dit qu'il aurait une conversation aussi...et bien, à défaut d'autre mot, cordiale avec un tel desperado rescapé du Minnesota, il ne l'aurait pas cru. Décidément, la vie avait l'art de tisser la toile de son histoire avec un certain brio, il devait bien le reconnaître. Il avait depuis quelque temps l'impression d'être un acteur sur la scène d'une pièce dont il ignorait le déroulement, agissant selon le bon vouloir d'un metteur en scène cosmique, capricieux et douloureusement ineffable. Et voilà que ce nouvel acte introduisait un nouveau personnage issu de son passé, qui n'avait pas plus que lui l'air de savoir où il en était. Restait à espérer que les critiques ne soient pas trop mauvaises. Émile avait en tout cas raison sur un point : s'appesantir sur le passé ne servait pas à grand chose. Whitmore s'estimait heureux que l'autre ne lui tienne pas rancœur, et il s'aperçut que c'était également son cas. De l'eau avait coulé sous les ponts, comme on dit.

« Un règlement de compte en règle ? Je crois que c'est un mot qui n'existe pas dans le vocabulaire locale. Ou peut-être pour mesurer la taille de votre cercueil, si on ne vous balance pas simplement dans le fossé. Je suis un peu surpris d'avoir survécu jusqu'ici, pour être honnête. Il faut croire que je n'ai pas encore croisé le chemin de quelqu'un qui aurait gardé non pas une, mais toutes ses dents contre moi. Peut-être qu'il y a quelque chose ici qui nous rend tous égaux, d'une certaine manière. Face à nos pêchés et en pareille compagnie, qui peut se targuer d'être meilleur qu'un autre ? »

Voilà qu'il se sentait d'humeur philosophe, ce qui appelait un nouveau whisky. Il suivit l'exemple de son interlocuteur, demandant un nouveau service au barman. La boisson n'était pas à proprement parler très agréable au palais, mais ce n'était pas ce qu'il lui demandait. L'important était de boire, pas le goût que ça avait.

« Je ne suis pas croyant non plus. » En ce qui le concernait, la religion était quelque chose qui n'arrivait qu'aux autres. Un peu comme une maladie vénérienne. « J'ai toujours trouvé hypocrite de s'en remettre à une instance supérieure pour justifier ses actes et se laver de ses pêchés. Quant à cette ville... Elle est peut-être infâme, crasseuse, ignoble et propre à tous les vices, mais au moins, elle ne s'en cache pas. Elle est qui elle est, et chacun ici fait de son mieux pour y survivre. Il y a presque quelque chose d'admirable dans tout ça, je trouve. Peut-être même qu'en était prudent, et agissant intelligemment, il y aurait moyen d'y instaurer un semblant d'ordre ici et là. Pas tant du point de vue légal, ce qui n'aurait pas grand intérêt, mais d'un point de vue...je ne sais pas, juste. Donner un coup de main à ceux qui n'ont pas les moyens de se défendre, ce genre de choses. Leur donner ne serait-ce qu'une chance. »

Après tout, c'était beau de rêver. Mais était-ce vraiment un rêve ? Sans doute, mais c'était mieux que rien. Et peut-être n'était-il pas le seule à se poser une telle question...
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Au fin fond d'un verre de whisky. [Libre]

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