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 Birdcage Religion ft. Amory

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Message Sujet: Birdcage Religion ft. Amory 12th Décembre 2016, 03:08

Birdcage Religion

C’est l’histoire d’un fleuve. D’un fleuve qui suit son chemin, toujours du point A au point B, sans jamais fléchir, sans jamais faillir. Un fleuve qui connait sa route comme s’il l’avait lui-même tracée, des millions d’années auparavant. Rien ne l’effraie, rien ne lui fait perdre sa vitesse, sa détermination. C’est l’histoire d’un fleuve. Un fleuve où d’innombrables tragédies se sont produites. Éphémère repère des hors-la-loi qui cherchent à se débarrasser de leurs proies, de ceux qui entravent leur chemin. Parce qu’eux, ces hommes, ces hors-la-loi, ce ne sont pas des fleuves. Tout est obstacle, tout est menace. Ce fleuve, gîte fragile, mais toujours aussi solide, sombre reflet de la lueur du jour. La lueur du chaos, de la mort, de l’irrévérencieuse impudence d’une civilisation en déroute. Ensemencé de la criminalité, du dernier souffle de la naïveté de l’homme, le fleuve n’arrête jamais, il ne s’assèche que très rarement et dans cette circonstance, les vestiges de sa route autrefois parsemée d’une riche minéralisation de son identité demeurent à tout jamais. C’est l’histoire d’un homme de Dieu, indigne du fleuve qu’il était jadis, à la dérive d’une voie disparue, victime d’un désarroi tracé sur mesure. L’histoire typique d’un homme contrôlé pour et par sa bouteille. D’un homme qui a dissimulé sa faiblesse derrière le crucifix, et oubliant ses plus grandes frayeurs, s’est façonné une force indestructible, désolant mirage de ce fleuve subsistant désormais qu’en triste rêve. Qu’en triste et lointain rêve enfouit au-delà des montagnes, là où la terre n’a jamais été foulée, pas même par les plus folles ambitions. C’est l’histoire d’un fleuve, c’est l’histoire d’un homme, et j’espère, sinon je supplie, qu’un jour, ce soit la mienne.

Immobile devant la bâtisse, les yeux fixés sur l’enseigne du Gem Saloon, mon cœur bat à mille coups la seconde, ma voix intérieure me priant de rebrousser chemin, de rentrer à l’église et d’aller profiter d’une bonne journée de dispense où il me sera possible de mettre de l’ordre dans mes esprits et de me mettre à jour dans le récital des chapelets que je m’impose quotidiennement. Une voix à qui j’ordonne très tôt de se taire, de se tapir dans un obscur coin de mon âme et de ne faire acte de présence que lorsqu’elle en aura l’invitation. Cela fait désormais plus de trente secondes qu’immobile, j’assiste impuissant au combat de deux forces qui veulent chacune d’entre elles me dicter la direction à prendre. L’église ou la bouteille. Issues empoisonnées, les deux ayant à l’arrivée une bouteille. Je me garderais bien d’entrer dans le Gem saloon pour aller boire ailleurs, mais si Al l’apprenait, s’il ne faisait que croire que j’allais dans un autre établissement, je ne donne peu cher de ma peau. Il m’effraie, le diable en personne, sa seule qualité étant que je peux généralement payer ma dette de whisky le jour même de la dîme. La plupart des habitants de Deadwood le sait, et nombreux pensent qu’il s’agit du prix à payer pour recevoir la bonne parole et l’absolution. À tort, peut-être, mais personne ici n’est placé pour juger qui que ce soit. Moi le premier. Ouais, moi le premier...

J’opte finalement pour le choix habituel, celui de la bouteille, silencieux parmi tous ces gueulards, ces abrutis et ces ivrognes. Je fais trois pas, puis monte sur le balcon peu surélevé du Gem. Les planches me supplient de modifier mon itinéraire, les clous rouillés criant en chœur de les délivrer de l’insultant rôle qu’ils jouent. J’ignore leur appel, répétitif pour tous ceux qui franchissent les portes battantes du Gem, puis entre en ne manquant pas de faire crier les portes qui viennent et reviennent sous la mélodie de la douleur. Certaines têtes se tournent vers moi, toujours aussi surprises de voir le prêtre entrer au saloon, mais relativement respectueux -ou craintif que je ne les absous plus, pour ne pas en faire état à voix haute. Certains me saluent, certains me lèvent leur chapeau, et d’autres n’osent pas tenter quoi que ce soit. C’est connu : quand le Padre vient boire une partie de la dîme en whisky, tous conscientisent à la volonté du Seigneur dans un silence absolu. Peu de gens viennent m’aborder, boire leur verre en ma compagnie, cette situation étant peut-être trop insoutenable pour ceux qui croient encore que les hommes de Dieu n’ont aucun vice. Je salue l’homme derrière le comptoir. J’en profite, ce n’est pas Al. Mon verre est déjà prêt, signe distinctif d’un vice bien ancré, aux apparences irrécupérables. Je l’empoigne, douce eau bénite des péchés les plus lamentables, puis me dirige à ma table habituelle. Vide, comme toujours. Comme si les gens de Deadwood se donnaient le mot. Comme s’ils savaient. Comme s’ils savaient que le Padre viendrait. Ouais, il vient toujours.
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Message Sujet: Re: Birdcage Religion ft. Amory 14th Décembre 2016, 11:22

Un bruissement se fit entendre, alors que ma tête émergeait de sous la broussaille, un grand sourire illuminant mon visage. Comme à chaque fois que je parvins à trouver ce que je cherche. Ou au contraire, à mettre la main sur quelque chose d’imprévu et d’inconnu. Et, dans le cas présent, il s’agit d’une étrange fleur aux couleurs chatoyantes. J’en avais déjà vu de semblables ailleurs dans le pays, mais jamais dans le coin. Peut-être s’agit-il donc d’une variété cousine. Le seul moyen de m’en assurer, c’est d’en emporter un échantillon avec moi. D’autant qu’il y avait sous ce buisson assez de spécimens pour que je me permette d’en emporter un sans détruire l’écosystème. Avec une extrême précaution, je déterrai donc la petite plante, en prenant bien soin de ne pas abîmer les racines. Je la plaçai ensuite dans une petite fiole, dans laquelle j’avais préalablement ajouté un peu de terre de cette partie de la forêt, puis quelques gouttes d’eau.

Ceci étant fait, je m’extrayais de la verdure pour ranger ma nouvelle trouvaille dans ma sacoche, désormais remplie de toutes mes découvertes du jour. Quelques minéraux, des échantillons de plantes, d’arbres ou de terre ; tous récoltés et documentés avec soin. De même, mon carnet était rempli de notes et de dessins d’animaux et plantes croisés durant mon expédition. De quoi compléter avec précision ma carte de la région, en y ajoutant des informations sur la faune et la flore, ainsi que sur la topographie du terrain. Satisfait de mon travail, je me décidais à retourner vers la civilisation, pour un repos mérité après avoir passé la majorité de la matinée à crapahuter dans la forêt.

Agnodice m’attendait patiemment là où je l’avais laissée, et la jument ne semblait pas mécontente de me voir revenir. Je passais une main sur sa tête avec affection, avant de la détacher pour retourner sur Deadwood, car elle aussi avait bien mérité de se nourrir et de se reposer après cette excursion. Une fois de retour, je la laissais avec de l’eau et de quoi manger, avant de m’occuper de mon propre cas. Et puisque j’étais non loin du Gem, je n’y réfléchis pas à deux fois avant de m’y diriger. Ces recherches m’avaient tellement pris que je sentais avoir besoin d’un remontant avant toute chose. Ainsi, j’avais bien conscience que mon apparence devait encore porter les traces de mon passage dans la verdure. Je me contentais cependant de me débarbouiller rapidement le visage, et d’épousseter vaguement mes vêtements, pleins de terre et d’autres taches dues à mes différentes recherches dans les buissons. Cela suffirait amplement pour l’instant !

Ma sacoche toujours précieusement avec moi, je pénétrai donc dans le saloon comme je le faisais toujours : avec énergie et bonne humeur. Quelques têtes se retournèrent pour fixer, avant de retourner à leurs activités en me reconnaissant. Certains me saluèrent, et je fis de même, mais la grande majorité m’ignora ou ne me prêta pas attention. Il était devenu habituel de me voir débarquer ici, la plupart du temps dans un état semblable à celui d’aujourd’hui. Aussi, personne ne s’y attardait plus, à l’exception de quelques rares personnes qui n’avaient pas eu l’occasion de me croiser aussi régulièrement. Ou qui ne se faisaient toujours pas à mes activités, je ne savais pas trop…

"Un whisky, s’il vous plaît. Le même qu’il y a… trois semaines." demandai-je au barman en parcourant mon carnet de notes et en lui désignant celui que j’avais pris il y a exactement vingt-trois jours et qui restait mon favori. Aujourd’hui, je n’étais pas d’humeur à la comparaison entre les différents breuvages, et un bon scientifique savait quand faire des pauses dans ses recherches pour simplement s’asseoir et profiter de son verre. Du moins, en partie.

Alors qu’il me préparait mon verre, je remarquais alors un homme seul à une table, et ne mit pas longtemps à le reconnaître. J’attrapais mon whisky et me dirigeai ensuite vers l’individu avec une expression à la fois ravie et enthousiaste, faisant cliqueter les fioles dans ma sacoche bien remplie,

"Bonjour Padre, cela fait un moment !" Je lui adressai un grand sourire, avant d’observer le contenu de son verre avec intérêt. "Oh, est-ce que c’est le Bourbon à 46% ? Ou le Rye à 58% de seigle ? Ils ont une couleur assez semblable, mais les deux sont un excellent choix."

Je remarquais alors un bout de fougère pris dans mes cheveux, et tâchais de l’enlever sans renverser mon verre. Ceci étant fait, je repris :

"Permettez que je prenne place à vos côtés ? Cela me ferait plaisir de passer un peu de temps avec vous !"
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Message Sujet: Re: Birdcage Religion ft. Amory 16th Décembre 2016, 06:23

Birdcage Religion

J’observe mon verre comme s’il s’agit d’une relique précieuse, du Saint Graal, en n’osant point y porter mes lèvres de suite. À vrai dire, un aussi petit verre ne saurait perdurer dans le temps, si bien qu’il serait vide avant même que je dise amen. La vie reprend peu à peu son cours au saloon de Al Swearenger, véritable référence de la main street. Les habitués oublient peu à peu la présence du prêtre qui ne porte désormais son attention que sur son verre, et ce pathétisme me pue au nez, mais je me console en me rappelant que contrairement à ces brutes, je n’ai jamais tué. J’y ai pensé, bien sûr, comme tout homme qui se respecte, mais le courage que cela prend n’a jamais été en ma possession. Bien entendu, si on devait me poser des questions sur les envies de tuer et le regard de Dieu vis-à-vis cette impardonnable pensée, je prêcherais la lâcheté d’un tel geste, l’incapacité de contourner dignement les obstacles de notre vie, mais la réalité est toute autre. Ma peur de mourir, plus forte que tout, ne pourrait probablement pas me pousser au meurtre, à l’élimination d’un ennemi, et c’est à cette profonde conviction que je m’accroche tous les jours. Malgré mes nombreux vices, mes innombrables péchés, je ne m’égare pas du chemin principal qui mène aux volontés de Dieu. Certains jugeront sévèrement l’homme de Dieu que je suis, mais dans une bataille où celui qui n’a jamais péché me jettera une pierre, peu de cailloux bougeront du sol. Je succombe à la tentation, où il n’y avait que très peu d’opposition, soyons honnêtes, puis prend une petite gorgée qui rassure mon esprit : mes nombreuses tergiversions religieuses n’auront pas entaché le goût de ce délicieux breuvage. Le contraire aurait été surprenant, mais après tout, ne suis-je pas le premier à Deadwood à vanter la possibilité des interventions divines? Le dimanche, fort évidemment, parce que les autres jours de la semaine, les conseils du prêtre ne sont pas toujours à la hauteur de certaines aspirations de fidèles.

Je prends mon verre dans mes mains, toujours bien soutenu par la table en bois qui me sert de refuge aux balivernes de certaines croyances. Je ne cesse de le fixer, le faisant tourner sur lui-même entre mes doigts, tentant peut-être d’y voir un signe quelconque qui me forcerait à prendre une décision. Une décision importante pour la suite de mon existence. Sans rapport avec Deadwood ni même mon implication au sein de l’église de cette ville déconnectée des bonnes valeurs. Une décision à propos de mon âme dont l'essence m’échappe, douloureux constat que la tâche ne sera pas aisée. Cette impression qu’il nous manque une pièce, qu’il nous manque un morceau important de notre histoire, de notre existence. Impuissante nage à contre-courant dans un fleuve qui ne contrôle désormais plus sa destination. Je soupire, j’essaie de changer mes esprits, d’écouter subtilement les discussions qui sont lancées dans ce lieu aux fortes odeurs entremêlées, mais la cacophonie entre les quatre murs est trop intense. Je suis rapidement sorti de ma tentative d’espionner les conversations insignifiantes, me faisant aborder comme cela n’a pas été le cas depuis déjà quelques semaines. Je lève ma tête, et reconnais immédiatement le chercheur d’or qui se fait appeler Erny. Un jeune homme sympathique, aux quelques manies déstabilisantes, mais jamais bien étonnantes.

«Quel rafraîchissant vent qu’est votre présence, mon ami», lui dis-je accompagné d’un sourire sincère.

Un jeune homme érudit, aux connaissances bluffantes, et à la curiosité sans limites, dont le principal défaut est qu’il est britannique. De Londres, si ma mémoire est exacte, mais entre vous et moi, il s’agit de la seule ville que je connaisse de l’Angleterre, ce pays dont nous avons fait scission, que Dieu bénisse cette révolution. Cette haine que j’ai vis-à-vis les Britanniques, peu profonde, mais fort bien inexplicable, est à la fois amusante et curieuse. Ce jeune Erny, qui malgré l’absence totale de foi, ne cache pas son désir d’en apprendre davantage à certains égards, est le premier Britannique que j’ose appeler mon ami. À défaut de mon fils ou d’un quelconque autre adjectif que j’utilise pour les habitants de cette ville. Je respecte son athéisme au même titre qu’il accepte ma foi, modelée sur mesure pour l’homme que je suis.

«J’ose croire que c’est le bourbon, mais je ne m’aventurerai pas dans l’exactitude de ce que j’avance. Faites, faites donc, prenez place, elle est vôtre.»

Je lui désigne la chaise de l’autre côté de la table, l’invitant d’un signe de la main à prendre place. Bien sûr, Erny est toujours le bienvenu à ma table. Certains regards se tournent vers nous quelques secondes, le Padre ayant été abordé.

«Vos recherches ont-elles été fructueuses, dites-moi? Votre apparence transpire la lourde tâche qui vous incombe.»
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Message Sujet: Re: Birdcage Religion ft. Amory 18th Décembre 2016, 20:39

Mon rapport avec la religion était pour le moins… singulier. Je n’avais jamais été un très grand pratiquant, préférant largement plonger mon nez dans les livres ou mes expériences plutôt que d’aller à l’église anglicane suivre les différents services. Mes parents avaient fait en sorte d’au moins me donner une base en la matière, mais il était vite apparu que je ne vivrais pas dans une foi totale et sans questionnement parfois gênant. Aussi, une fois que j’avais acquis le minimum, ils n’insistèrent plus. Je suivais malgré tout les rituels traditionnels, notamment pour les fêtes ou à l’université, mais plus par habitude ou folklore que par réel conviction que tout cela rimait vraiment à quelque chose.

Pourtant, cela ne voulait pas dire que le thème de la religion ne m’intéressait pas, oh que non ! Mais, plutôt que de l’étudier de l’intérieur comme l’aurait fait un théologien ou un pratiquant, j’avais opté pour mon habituelle posture extérieure, observant ce phénomène comme j’aurais abordé un problème mathématique ou une observation animalière. L’étude des différentes religions m’intéressait en particulier, et ce même si je ne trouvais pas toujours énormément d’écrits sur le sujet dans des langues qui m’étaient accessibles. J’accordais à chacune de ces doctrines une étude égale, et les considérais d’un même point de vue, trouvant en chaque des avantages et des défauts.

Cependant, je devais admettre que le champ de la recherche de manière globale était déjà assez vaste, et que ma priorité allait aux sciences fondamentales comme la biologie et la chimie, plutôt qu’à des disciplines plus humaines ou littéraires. De même, si j’avais pu observer avec ma fascination et ma curiosité habituelles les différents cultes d’Angleterre ; je n’avais pas toujours eu la chance de voir directement sur le terrain d’autres religions ou croyances. Et, le travail sur le terrain restant une grande part de la recherche, je n’avais donc pu développer qu’une maigre et incomplète connaissance théorique sur ces sujets.

Aussi, à mon arrivée à Deadwood, j’avais été ravi d’apprendre l’existence d’une église, ainsi que la présence du père Christopher Vargas. Les hommes de foi étaient, à mon sens, de véritables philosophes, à l’instar des stoïciens ou des platoniciens prêchant en leurs temps leur doctrine et manière d’être. Aussi, j’aimais tout particulièrement leur compagnie et leur discussion, toujours curieux et ravi d’en apprendre plus sur eux et leur vision du monde. D’autant que, dans le cas présent, j’avais eu beaucoup de chance, le père Vargas étant tout à fait sympathique et prêt à discuter avec moi. J’avais connu d’autres hommes de Dieu qui avaient tout simplement refuser de me parler en apprenant mon athéisme, voire à me chasser à grands coups d’eau bénite et de crucifix. Je ne comprenais pas vraiment où était la charité et l’amour chrétien là-dedans, mais bref, quoi qu’il en soit, cela ne me rendait le Padre qu’encore plus agréable. Je n’hésitais donc pas un seul instant avant de l’approcher pour ne pas le laisser seul à sa table, et fut rassuré par le sourire qu’il me rendait. On disait que j’étais parfois trop envahissant, sans que je m’en rende compte, et la dernière chose que je souhaite, c’était de le déranger.

"J’espère que je n’ai pas amené de courant d’air avec moi." répondis-je avec un sourire un peu plus malicieux et espiègle. Je considérais ensuite sa boisson avec ma curiosité innée et habituelle. L’état actuel de mon étude des alcools de l’établissement ne me permettait pas de deviner le contenu de son verre avec exactitude, mais cela ne sembla pas le déranger. Et puisqu’il m’invitait à me joindre à lui, je fis comme demandé, posant ma sacoche à mes pieds. "Merci, Padre. Et dans tous les cas, cheers !"

Je bus un peu de mon propre verre, savourant les saveurs de la liqueur avec d’autant plus d’intérêt que je commençais à la connaître et à la distinguer des autres. Et, puisque j’enlevais quelques traces de ma dernière expédition de ma tignasse, mon interlocuteur m’interrogea sur l’état de mes recherches. Et comme à chaque fois qu’on abordait ce sujet, mon visage s’illumina et mon enthousiasme redoubla. J’attrapai mon sac pour le poser sur la table dans une symphonie de cliquetis, et en sortis quelques fioles, remplies de différentes choses.

"Oh oui Padre, très ! J’ai récupéré quelques échantillons de terre afin d’en examiner la composition chimique à mon laboratoire, ainsi que quelques plantes pour compléter mon observation de la faune locale. J’ai pu constater qu’il y avait de nombreuses lacunes dans les ouvrages traitant du sujet, je suis donc ravi de pouvoir les compléter ! Et je ne considère pas vraiment cela comme une tâche qui m’incombe, plutôt comme une passion incessante pour le savoir."

Je lui montrais les différents échantillons récupérés, aussi fébrile et énergique que s’il s’était s’agit de la découverte du siècle. Ce qui était un peu le cas, je trouvais. Je me concentrais ensuite sur l’homme, un large sourire et un intérêt aussi sincères que fascinés sur le visage.

"Et vous, Padre ? Avez-vous découvert des nouveautés dans votre domaine ces derniers temps ? Pas trop de travail j’espère ? Et, qu’est-ce qui vous amène dans ce chaleureux endroit ?"

Bon, chaleureux était peut-être un terme un peu exagéré. Mais, c’était un établissement fréquenté et où on croisait toujours du monde. Comme aujourd’hui, et j’en étais d’autant plus heureux que cela m’avait donné l’occasion de croiser mon interlocuteur.
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Message Sujet: Re: Birdcage Religion ft. Amory 20th Décembre 2016, 03:01

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Gorgée après gorgée, je m’imagine guérir. Je m’imagine enfin réaliser que la vie pourrait m’offrir quelque chose de mieux. Qu’elle pourrait enfin ouvrir de nouveaux horizons pour l’homme que je suis, sans nécessairement me dévier de la voie de Dieu, mais m’accomplissant dans un domaine où je ne serai constamment pas en contradiction avec les itinéraires à prendre. L’Amérique des années 1870. L’Amérique moderne, l’Amérique de la liberté, où chaque homme peut prendre une monture ou embarquer à bord de la grosse machine sur rails vers les confins de l’inconnu, où la seule destination sera la découverte d’une nouvelle chance, d’une nouvelle vie. Une réalité bien ancrée dans l’histoire de la grande majorité des habitants de Deadwood, univers où les forces de loi n’existent pas, mais où la pendaison et la poudre de revolver sont choses régulières pour ceux qui enfreignent le code moral des hommes les moins fréquentables. Ces hommes dont la plupart des habitants sans reproche craignent. Dont moi, même si pour ma part, il n’y a que ce bon vieux Al qui sème en moi la peur de la mort. Une peur que je n’avais pas ressentie depuis ma toute jeunesse, alors au Texas, et terrassé par la crainte de ne souffler plus aucune bougie à l’avenir. Il n’y a pas une gorgée qui traverse mon anatomie sans que je pense à une opportunité prochaine, cette chance donnée par Dieu pour quitter Deadwood, une ville que j’aime bien, et son église vers une autre ville. Une ville où Christopher Vargas ne sera pas un homme de Dieu. Où je ne serai pas un prêtre, mais un homme bon, aux valeurs bien à lui, à diriger un petit magasin général ou à mener à bien des missions humanitaires financées par u courage que j’aurai préalablement emprunté à ce jeune Britannique. Un rêveur, un porteur d’espoir, qui par sa seule présence alimente un rêve bien enfoui dans les méandres de notre âme. À tout le moins, dans les miens. Des méandres qui torturent un chemin où sa destination finale serait une énième chance de prendre les bonnes décisions, de faire les bons choix. Nombre de fois j’ai rêvé de pouvoir revenir en arrière, d’aller à la source de tous mes tracas pour en modifier mon destin, mais cela est autant possible qu’admirer du théâtre dans le confort de notre demeure.

Je ne sais guère ce qui amène Amory Fieldstein, qui aime bien qu’on le surnomme Erny, dans les parages de Deadwood, sinon son éternelle quête à analyser les sols, ni même ce qui le ramène périodiquement ici plutôt qu’ailleurs, comme s’il se plaisait finalement bien dans cette petite ville où tous les vices sont d’ordre public. Un jeune homme que j’aime bien croiser lorsqu’il vient en ville, et dont ma déception est palpable lorsque j’entends les habitants parler de l’une de ses visites et que je n’ai pas eu le plaisir de lui glisser un ou deux mots. Le genre d’homme qui ne juge guère gratuitement, l’un des seuls à connaitre certaines parcelles de mon histoire parsemée de péchés et dont le regard ne change pas. Regard qui demeure le même, qui transpire le respect et qui en goûte tout autant. Sa présence au Gem est pour moi une agréable surprise, un véritable baume sur une journée comme les autres qui allait se terminer, sans surprise, comme toutes les autres journées précédentes. Une présence que je pourrai intellectuellement savourer, whisky en main et passion au cœur. Parce qu’à cela ne tienne, si je ne comprends rien à ses histoires d’observation faunique, j’en demeure très intéressé sur le plan de l’apprentissage de nouvelles connaissances. Et ses yeux illuminés lorsqu’il en parle me rappellent ce regard qui trône sur mon visage lorsqu’on me fait don de bouteilles de whisky.

«À vos futures découvertes», lui dis-je en trinquant en sa compagnie, heureux qu’on daigne enfin m’adresser la parole dans ce lieu peu recommandable pour un homme de ma stature.

Je ris d’un naturel qu’on me reconnait bien à sa plaisanterie, possiblement l’un des premiers Britanniques à me faire rire, moi qui doute que ces gens soient dotés d’un quelconque sens de l’humour. Après tout, les plus grands hommes remettant en doute la présence de l’église dans notre société moderne et évoluée sont Européens. Le plus ridicule d’entre eux, Charles Darwin, un déshonorable Anglais qui n’est guère le bienvenu dans nos cercles ecclésiastiques. À peine nos verres déposés sur la table qu’il sort déjà quelques fioles, prêt à me montrer ses nombreux échantillons qui, avouons-le, me semblent tous identiques. Je prends au hasard une fiole dans mes mains, l’observe minutieusement, l’œil gauche fermé pour permettre à mon œil droit de fonctionner doublement mieux. D’un point de vue externe, peut-être ai-je l’air connaisseur, mais il en est tout autre.

«Il y a donc des ouvrages sur… la terre…», dis-je, amusé, toujours en train d’observer ladite fiole. Cette question, je la pose à chaque fois qu’on discute de ses fioles. C’est devenu une blague commune, un clin d’œil aux deux mondes qui nous séparent. «J’admets sans gêne que je ne vois aucune différence entre celle-ci et celle-là», dis-je en comparant deux fioles qui avaient sans doute un univers de différences.

«La fonction que j’exerce est prenante, mais les tâches sont connues bien avant que nous franchissions le seuil de l’église.» Je tourne mon regard vers la gauche, puis vers la droite, donnant l’impression que je m’imprègne des lieux. «Cet endroit est ma mise à terre, mon ami. Un rappel que la vie est une succession de souffrances et de bien-être. Ce constat doit être accompli quotidiennement pour fidèlement remplir nos obligations.» Je hoche la tête, véhément de bonheur devant la présence d’Erny.
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Message Sujet: Re: Birdcage Religion ft. Amory 23rd Décembre 2016, 17:38

Parfois, je me disais qu’être prêtre à Deadwood ne devait pas être de tout repos. Je n’étais pas exactement au fait de toutes les tâches et responsabilités qui incombaient à ce rôle, raison pour laquelle j’étais toujours curieux et intéressé à écouter le Padre me parler de lui ; mais je pouvais tout de même deviner que cela demandait de sacrés compétences. Du genre de celles que je savais ne pas posséder, et qui pouvaient rarement s’apprendre dans un livre. Deadwood n’était pas toujours des plus accueillants, et même si j’avais fini par m’y habituer, des incidents venaient ici ou là me rappeler que nous n’étions pas dans une ville tranquille ou comme beaucoup d’autres dans ce nouveau monde. S’occuper des âmes de ses habitants devait donc être particulièrement éprouvant, ici plus qu’ailleurs, et je n’en admirais que plus mon interlocuteur. Et, de même, je m’interrogeais sur un fait : si le Padre s’occupait des habitants et de leur conscience et vie spirituelle ; qui pouvait bien s’occuper de lui ?

Cela dit, ces interrogations n’entachaient jamais le plaisir que j’avais à croiser l’homme d’Eglise, surtout si c’était après une journée fructueuse en découvertes. Prenant place à ses côtés, je levai mon verre pour trinquer avec lui, sourire aux lèvres.

"Et au hasard, qui fait toujours bien les choses !"

Continuant dans mon enthousiasme après cette première gorgée d’alcool, je répondis à la question de Vargas en sortant mes recherches du jour. De nombreuses fioles pleines d’échantillons aussi précieux que de l’or à mes yeux, voire plus. Je ris de bon cœur à sa remarque, habituelle entre nous, comme toujours. Mais je ne m’en lassais jamais, et, de même, je répondis la même chose qu’à chaque fois :

"Comme sur beaucoup de choses que Dieu a créées." J’approchais mon visage des fioles qu’il tenait entre les mains, nullement vexé qu’il ne sache pas faire la différence. J’avais bien conscience que c’était un savoir qui s’apprenait sur la durée, et qui n’était pas toujours des plus évidents. Pédagogue et patient, je répondis en désignant l’échantillon de gauche : "D’après la couleur, cette terre provient d’un sol beaucoup plus calcaire que l’autre. Entre autres. Mais cela devra être vérifié avec quelques examens chimiques pour être certain, mon expertise ne va pas aussi loin."

Une fois la présentation de mon travail faite, je m’intéressais à celui de mon interlocuteur avec tout autant d’intérêt. Comme souvent, lorsqu’il s’agissait d’un domaine sur lequel j’avais encore beaucoup à apprendre. J’affichais cependant une expression surprise lorsqu’il laissa entendre que ses tâches étaient prévisibles. Attrapant mon verre pour boire une nouvelle gorgée de Whisky, j’inclinai légèrement la tête, pensif.

"Pourtant, il me semble toujours que l’âme humaine est un domaine bien plus vaste et complexe que mes petites fioles…" Je reportai mon attention sur le Padre, lui rendant son sourire. Il était vrai que j’étais un peu surpris de le trouver en ces lieux, mais d’un autre côté, c’était l’un des saloons les plus fréquentés de la ville, cela ne devait donc pas être si étonnant. Et je supposais que sa fonction devait l’appeler à fréquenter tous les lieux, aussi, la surprise avait bien vite disparu. De toute manière, je ne pouvais pas prétendre connaître tous les tenants et aboutissements des tâches de mon interlocuteur, et ne me permettais donc aucun jugement sur ses actions. Je parcouru du regard la salle, écoutant avec attention les paroles de l’homme de foi. "Eh bien, je suppose qu’il y a pire comme endroit pour accomplir ce constat quotidien ! Et c’est bon à savoir, je saurai désormais que l’on peut vous trouver dans le coin pour accomplir votre devoir. Enfin, sauf si je vous dérange dans votre travail ? N’hésitez pas à me le dire, si c’est le cas…"

Mon sourire se fit en partie navré, comme pour m’excuser d’avance. Moi et mes échantillons prenions parfois beaucoup de place, et d’attention parfois pas toujours désirée. Il était difficile de modérer ses ardeurs, et de se rappeler que tout le monde ne partageait pas ma passion pour la symbiose entre les champignons et les racines dans les terrains montagneux.

D’ailleurs, en parlant d’être soucieux, j’enchaînai en retrouvant un sourire plus franc et plus chaleureux, me rappelant mes interrogations quant à mon interlocuteur :

"J’imagine bien que votre travail n’est pas des plus évidents, et que vos obligations doivent parfois être difficiles à gérer. Avez-vous des personnes pour vous soulager un peu dans vos tâches ? Je suis dans tous les cas toujours à votre disposition, si d’aventure vous avez besoin de mes services. Ou d’une oreille amie. Du moins, dans la limite de ce qu’autorisent vos fonctions."

J’avais beau ne pas aller à confesse, j’avais cru comprendre que c’était un moment qui restait entre le Padre et son fidèle. Ce qui n’était pas plus mal, même si on comprenait le problème que cela pouvait poser une fois confronté à des actes criminels. Enfin, ce n’était pas comme si c’était quelque chose de particulièrement important à Deadwood. Mais tout de même, c’était un sacré fardeau pour une seule personne.
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Message Sujet: Re: Birdcage Religion ft. Amory 10th Janvier 2017, 02:41

Birdcage Religion

Mon verre entre les doigts, jonglant entre l’envie irrésistible d’en prendre une gorgée et de me lever, d’attaquer sauvagement un des hors-la-loi du saloon et de mourir sous ses balles. Je n’ai aucune volonté propre menant à des idées de mort, bien loin de là d’ailleurs, mais à écouter certains habitants de Deadwood au confessionnal, il semble que cette option fasse consensus auprès de ceux qui ne savent plus quoi faire de leur vie. Un peu comme moi, qui chaque jour, partage mon amour pour l’église, le whisky et une jolie demoiselle qui seconde son père dans ses occupations quotidiennes. Comme si un homme de Dieu pouvait se marier, en Amérique. Bien sûr, cela est du déjà-vu, mais est-ce parce que cela a déjà été vu qu’il en est pour autant accepté? Puis d’un autre côté, à Deadwood, quelqu’un se soucie-t-il vraiment du détournement des lois, peu importe si elles sont érigées par l’homme ou par Dieu? Deadwood n’est en rien une ville pieuse. Si je devais baser ma vie sur une certitude, ce serait celle-là. Assurément. Je fixe toujours mon verre, après m’être délecté des explications de mon interlocuteur sur les fioles de terre qui se ressemblent toutes, puis opte pour la gorgée plutôt que la mort. Choix relativement judicieux, en bon observateur subjectif que je suis, n’ayant aucun penchant prononcé pour la mort, le suicide et les actions ridicules. La boisson forte coule aux limites de ma gorge, me redonnant du même souffle toute l’énergie nécessaire à affronter les prochaines minutes qui se présenteront à moi. L’alcool, un vice dont je ne pourrai jamais me défaire. À une époque où la jeunesse était partie prenante de ma vie, je buvais pour oublier. Aujourd’hui, l’alcool ayant porté fruit, je bois par alcoolisme et dépendance impossible à se défaire. Et qui le voudrait?

Je sursaute intérieurement à la réplique du jeune Erny, ce britannique aux petites taches de rousseur plutôt chaleureuses, désormais convaincu que mon comportement expressif lui laisse croire que sa présence ne m’est pas enjouée. Je hoche négativement la tête trois fois plutôt que deux, répétant à voix haute la négation de mes intentions, lui assurant le contraire.

«Non, non, non, non…N’en croyez rien, vous ne dérangez en rien ma fonction.» Je tourne la tête vers la droite, puis vers la gauche. «Je crois qu’en ce moment, je fais tout sauf exercer la fonction qui m’a été confiée», dis-je, petit sourire en coin, avant de porter à nouveau mon verre vers mes lèvres.

Verre qui se vide sans jamais se remplir depuis le début de cette discussion. Les nombreuses discussions que le Seigneur m’accorde avec Erny sont toujours très enrichissantes et permettent à l’âme de libérer des toxines négatives pour l’esprit, ce qui en soi, pourrait, fort bien peut-être, être la représentation indirecte de ma propre présence au confessionnal. La question suivante du jeune sujet de l’Empire britannique me surprend, bien positivement, je dois l’admettre, et créé chez moi une expression que je n’ai sans doute pas été capable de lui cacher. Petit sourire en coin, puis air de désolation, je me perds dans mes pensées à la recherche d’une personne me permettant librement d’être l’homme que je suis, le vrai Christopher Vargas, et qui ne fait de mes aveux rien qui pourrait nuire à l’homme que je souhaite laisser voir. Bien sûr, il y a ce vieux Alfie, un très vieil homme qui agit comme un vrai père pour moi, sans ferveur pour la Foi et les volontés de Dieu qui lui ont arraché feu son épouse. Je souris, remerciant une fois de plus le Seigneur de l’avoir placé sur ma route, puis repose mon regard sur la représentation humaine de la curiosité brute.

«Il y a bien de ces gaillards qui m’offrent une oreille comme je leur offre mon cœur, mon ami, mais ne soyez craintif, il n’y a en moi aucun mal qui subsiste à ma Foi», dis-je, en mentant tout bonnement, n’étant tout de même pas pour admettre à l’oreille de tous, dans le saloon le plus fréquenté de la ville – et de la région, ma volonté en germination de quitter ma fonction pour de bon. «Votre proposition n’a d’égal que le respect que je vous porte, c’est tout à votre honneur, je vous l’assure, et par le fait même, je vous remercie bien humblement de votre proposition.»

J’aurais bien levé mon verre pour une seconde gorge à sa santé, mais à ce rythme, il y a fort à parier que je serai incapable de me lever de ma chaise pour retourner à l’église. Je préfère plutôt cogner deux coups sur la table, avec ma main droite, en signe d’appréciation.

«Je n’oserais pas abuser de votre générosité, et pardonnez-moi si ce qui suivra paraîtra d’un abus, mais dans les prochains mois, l’église de Deadwood ne serait pas contre quelques bras volontaires pour y faire des rénovations mineures, à défaut d’avoir les fonds suffisants pour des travaux majeurs, et si bras volontaires vous croisez dans vos expéditions futures, il me ferait un grand plaisir de compter sur leur bonté chrétienne… Mais je comprendrais, je n’en tiens aucune rigueur, que la générosité ne puisse surclasser la nécessité des gains.»

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Message Sujet: Re: Birdcage Religion ft. Amory 17th Janvier 2017, 20:57

C’était un euphémisme de dire que j’aimais bien aller à la rencontre des gens pour discuter avec eux. J’adorais cela. Et encore plus si je pouvais discuter de mes recherches, et montrer les résultats de mes journées d’exploration dans Deadwood et ses environs. Mais, autant je pouvais y passer des heures et des heures, autant je savais que les autres n’étaient pas spécialement enclins à m’écouter ou à s’intéresser à ce que je faisais. J’avais déjà eu assez d’ennuis, dans mon enfance comme ici, pour savoir qu’il me fallait parfois me restreindre, dans mes propos comme dans mes élans de sympathie envers autrui.

Et, même si je sais que le Padre est un excellent compagnon de discussion, je ne peux donc m’empêcher de m’inquiéter sur le fait que ma présence puisse le déranger. Surtout que, selon ses dires, son travail s’effectuait également en ce moment et en ces lieux. Je ne m’y connais pas assez pour en savoir plus, mais cela suffit à m’assurer que je ne suis pas une gêne pour lui. Et lorsqu’il m’affirma le contraire, je ne pus empêcher un soupir de soulagement s’échapper de mes lèvres, avant de retrouver un grand sourire.

"Tant mieux dans ce cas !" La suite m’interpella cependant, et je le fixais, inclinant la tête dans ne expression confuse et interrogative : "Vraiment ? Vous êtes en congés ? Parce qu’il en faut aussi !"

Là aussi, je ne savais pas si les membres de l’église pouvait prendre une pause dans leurs activités, mais tout le monde le méritait, après tout. Alors, pourquoi pas ? D’autant que le Padre semblait parfois en avoir bien besoin. Et à raison, prendre soin des âmes de toute une ville, cela devait être une sacrée responsabilité.

C’est pourquoi je me permis de m’inquiéter à propos de mon interlocuteur, et de lui proposer mon aide, si jamais il en ressentait le besoin. Et sa réaction –surprise, puis partagée- me prouva que j’avais au moins bien fait de poser la question, ainsi que de lui proposer une écoute et des conseils d’amis. Les membres du clergé pouvaient avoir des amis, pas vrai ? Après un instant à observer le vide, son regard se posa à nouveau sur moi, et je le soutins avec toute la bienveillance dont j’étais capable.

"Je suis rassuré de l’apprendre, et je n’ai jamais remis en cause votre Foi. Elle ne regarde que vous, et je serais bien malaisé d’intervenir de quelque manière que ce soit." assurai-je en hochant la tête avec un petit sourire. Cela restait dans des domaines au-delà de mes capacités, et, comme toujours dans ces cas-là, je préférais garder une distance respectueuse. Ainsi que mon éducation me l’avait appris. Mon sourire se fit plus franc lorsque l’homme me remercia pour mon intérêt et ma proposition. "Je vous en prie. C’est la moindre des choses, d’autant que j’ai également pour vous un infini respect, ainsi qu’une grande affection."

A ses coups de poing enthousiastes sur la table, je répondis en levant mon verre et en le terminant. Plus que l’alcool, c’était la présence d’un interlocuteur et d’un ami qui me réchauffait les veines. Aussi, je préférais en rester là pour aujourd’hui, d’autant que l’occasion ne se prêtait pas vraiment à l’analyse plus approfondie du contenu de mon verre.

J’écoutais ensuite le Padre me demander quelque chose, et il me fallut un effort de concentration pour comprendre de quoi il s’agissait, dans la prose enrichie de ses paroles. Surtout qu’avec le bruit du saloon, cela n’ait pas vraiment. Mais lorsqu’il eut terminé, et que sa demande consistait en une aide concernant des travaux pour l’église, je hochais la tête avec énergie.

"Ce serait avec grand plaisir, Padre ! Rien ne me réjouirait plus que de vous venir en aide. Je ne croise malheureusement pas énormément de monde sur le terrain ces temps, mais vous pourrez compter sur moi !" Je pris ensuite quelques instants pour réfléchir, avant de fouiller à nouveau dans mon sac, provoquant une nouvelle symphonie de cliquetis. Au bout d’un moment, j’en sortis une poignée de quelques pépites d’or qui traînaient au fond d’une poche depuis un moment déjà, pour les poser sur la table. Je les avais même oubliées jusqu’à maintenant, preuve que je n’en faisais pas grandement fi. "Vous pensez que cela pourrait aider vos fonds ? Je dois vous avouer que je n’ai aucune idée de leur valeur, et que je ne sais pas quoi en faire. Elles présentent très peu d’intérêt scientifique, et j’attendais de trouver la bonne occasion pour leur trouver une utilité…"

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Message Sujet: Re: Birdcage Religion ft. Amory 23rd Janvier 2017, 21:51

Birdcage Religion

J’avais douze ans. Assis sur l’un des nombreux bancs de l’église de Houston, au Texas. À côté de moi, Père Hernandez. Je fixe le crucifix en haut de l’autel. L’église est magnifique. Les vitraux face au soleil colorent le lieu saint, lui donnant une odeur palpable de sérénité et de bien-être. Les couleurs du Seigneur Jésus, disait-il lors de ses sermons. Sermons où je me retrouvais à sa droite, petit enfant privilégié agissant à titre d’assistant. J’essuie la larme qui fuit mon œil gauche, ma main tremblante comme à chaque fois où il me fait l’enseignement privé. C’est ainsi qu’il décrivait à ma mère nos séances à l’église. Je relève mon pantalon, les jambes fléchissant à gauche comme à droite, en avant comme en arrière. Puis il se lève à son tour. Dépose ses mains sur mes épaules et me fixe d‘un regard neutre, mais ô combien meurtrier. «Tu n’auras jamais d’ami, mon garçon. T’as que moi.» Je n’avais que lui. Chaque dimanche. Chaque mardi. Chaque mercredi. Et chaque vendredi. Et je n’aurais jamais personne, c’était une promesse qu’il m’avait faite, tout droit venu de Dieu en personne. Cet homme parlait au Seigneur, à cet âge, dans ma tête d’enfant, il n’y avait aucun doute. Aujourd’hui, verre de whisky en main, face à un homme que je considère mon ami, même si nous n’échangerons que périodiquement, je bois à la santé de cet homme de Dieu. Père Hernandez. Je bois à ses mensonges, à ses crimes. Je bois parce qu’il s’est trompé. Nous ne sommes jamais seuls, nous avons toujours un ami. Qu’il s’appelle Erny, Alfie ou Dieu. Il y a quelqu’un. Et elle est là, ma Foi. Il est là, mon dévouement à Dieu. Et elle est sans doute là la raison pour laquelle je ne réponds pas à Erny concernant un quelconque congé que je prends actuellement ou non. Je suis toujours en congé, et d’un autre côté, je travaille toujours. Devant les plus pieux, je maintiens le message que souhaite envoyer l’Église à ses fidèles. Et devant ceux qui doutent du message, je leur exprime mon accord et mon désir de les voir s’épanouir. Avec ou sans le massage, mais toujours avec Dieu dans son coeur. Parce qu’il est là, le vrai défi. Parlez-en à Erny, qui ne croit guère en la religion.

Je ne me contente que de lui sourire, comme je le fais à certaines occasions lorsque le silence vaut mieux que la parole, lorsque la sagesse vaut mieux que toute autre chose. Son ouverture d’esprit est un vent de fraîcheur pour cette ville dont les bonnes âmes se comptent sur les doigts d’une main. Un jeune Britannique, qui l’aurait cru? Un jeune Britannique fasciné par les grains de sable et la science. Comment pourrais-je le juger, moi qui, également, semble être en avant de mon temps? L’affection semble réciproque entre cet homme et moi, et je ne saurais qualifier cette relation, sinon positivement. Il m’arrive parfois de prier pour ce jeune homme. De demander à Dieu qu’il puisse, malgré son absence de Foi, trouver son propre chemin et de ne jamais revenir en arrière. Il m’arrive souvent de demander à Dieu de veiller sur lui. Bien sûr, parce qu’il m’est agréable, mais surtout parce qu’il est un homme bon. Et notre monde a besoin d’hommes bons ne serait-ce que pour que nos croyances, peu importe ce qu’elles sont, ne tombent pas entre les mains d’un bandit au teint orangé qui maltraite autant l’avenir que l’Histoire acquise au fil des batailles et des conquêtes. M’enfin, hein. Erny est un homme bon. Si bon qu’à peine je lui demande de l’aide que sa générosité s’étale de tout son long pour m’offrir son temps et son… or. Il les dépose sur la table, comme s’il en avait que faire, à la vue de tous ces hommes malhonnêtes qui, heureusement, ne nous regarde pas. Je cache les pépites d’or avec mes deux mains qui sautent littéralement sur la table, mes yeux à la fois surpris et apeurés observant tant à gauche qu’à droite où se posaient les regards étrangers.

«Vous êtes fou! Vous voulez vous... nous faire tuer?»

J’arrache le sac des mains d’Erny, et le moins subtilement du monde, j’y remets les pépites d’or, m’occupant bien de mon second œil d’observer les gens autour pour m’assurer que le cirque n’attire aucun regard curieux. Chose qui se produit, bien malheureusement, et j’en sors un échantillon quelconque de sable au teint rouge.

«Vous n’avez jamais vu du sable, dites moi? Occupez-vous de la jeune demoiselle», dis-je au curieux indiscret en train d’être courtisé par l’une des femmes de joie de l’endroit. Je tourne mon regard vers Erny, l’air désolé, mais toujours aussi apeuré. «Pardonnez-moi. Ici, cette… chose… ça peut valoir un accès direct pour le Seigneur, et compte tenu de votre absence de Foi, j’ai peur de l’endroit où vous allez vous retrouver…» J’essaie de reprendre respiration normale, puis poursuit. «Ça vaut bien plus que vous pouvez le penser, mon ami, ne courrez pas les lieux publics avec… ça… dans votre sac.» Peu opportuniste, j’en oublie sa proposition initiale qui permettrait à l’église de Deadwood d’être l’église la plus moderne de l’Amérique.
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Message Sujet: Re: Birdcage Religion ft. Amory 1st Février 2017, 19:13

Je ne sais pas exactement quelles sont les qualifications nécessaires pour être prêtre, surtout dans une ville comme Deadwood, ni la formation qu’il faut avoir. En tous cas, les gens de la faculté de théologie, à Oxford, ils n’avaient pas toujours l’air commode. Même s’il s’agissait parfois d’une fausse impression, et je me rappelais avoir eus des relations amicales avec quelques élèves. Mais nous abordions rarement, voire jamais le sujet de la religion, comme s’il était évident qu’entre ceux qui étudiaient Dieu et ceux qui étudiaient la science, il allait de soi que certaines choses ne devaient pas être mélangées. Cela ne nous empêchait pas d’avoir des discussions passionnantes sur les avantages du thé de Ceylan sur celui d’Oolong, la floraison des arbres et des fleurs autour de l’université ou de parier sur les vainqueurs de la prochaine course d’aviron. Mais ce m’aidait pas vraiment à apprendre ce en quoi consistait leur domaine.

Quoi qu’il en soit, dans le cas du Padre, je savais avec une quasi-certitude qu’il ne pouvait être que bon dans son métier, car il possédait la qualité qui me semblait être nécessaire à ses fonctions – même avec ma méconnaissance du sujet - : une grande capacité d’écoute. Je racontais un peu tout ce qui me passait par la tête, l’interrogeais sur sa vie et son travail, et discutais bien entendu de mes recherches. Le tout sous son regard indulgent et attentif qui m’encourageait à continuer, et suffisait en lui-même comme réponses à mes interrogations. Et puisque ma simple compagnie et mon humble soutien semblaient lui suffire, j’en fus rassuré et pus continuer notre discussion l’esprit plus léger.

Mon verre se vida au bout d’un moment, et je songeais à peut-être demander le reste de la bouteille, lorsque mon interlocuteur me parla de l’aider à faire quelques réparations dans son église. L’idée me plaisait, même si je devais admettre ne pas être certain d’être l’homme le plus habilité pour des travaux manuels de grande ampleur. La motivation ne me manquait pas, mais elle m’avait rarement aidée à porter plus que mon poids, déjà peu élevé. Aussi, malgré ma réponse positive, je demandais également si les quelques pépites d’or ne pourraient pas lui servir. Pour l’usage que j’en avais, elles feraient certainement le bonheur d’un autre.

Sa réaction, brutale et craintive, me surprit néanmoins beaucoup, et je le fixais avec un mélange d’incompréhension et d’inquiétude, à le voir lui-même si apeuré. Avais-je fait quelque chose de mal ? Je le fixais présenter une éprouvette à un curieux qui nous observait.

"Plus exactement, il s’agit de terre ocre que j’ai trouvée à quelques miles d’ici. La couleur rouge s’explique par la présence de fer dans la roche qui s’est mélangée à…" L’individu tourna la tête, peu intéressé par mes explications, voire même déjà profondément ennuyé après ces quelques paroles.

De plus en plus perplexe, je reportais à nouveau mon attention sur le Padre.

"Nous faire tuer ? Un accès direct pour le Seigneur ? Je ne comprends pas Padre, comme une ligne télégraphique, vous voulez dire ? Ou de téléphone ?"

Cette dernière invention avait débarquée il y a peu, et j’avais tout de suite été fascinée par cette étrange machine permettant de communiquer jusqu’à de longues distances. Mais c’était une autre histoire. Pour en revenir au père Vargas, je lui avais manifestement fait avoir quelques frayeurs. Peut-être qu’effectivement, si cet or avait de la valeur, cela pourrait intéresser quelques personnes. J’y réfléchis quelques instants, avant d’hocher la tête et de récupérer mon sac, les pépites bien cachées à l’intérieur.

"Si vous le dites, je vous fais confiance. " Affichant une expression peinée et sincèrement navrée, je baissais le regard. "Je suis désolé de vous avoir fait peur, Padre. Je ne pensais pas à mal, et espérais seulement vous aider…"

Mais, comme la religion, certains sujets devaient peut-être rester or de ma portée.
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